Jamais Haïti n’avait connu pareille catastrophe humanitaire sur son sol. Selon les chiffres communiqués ce mercredi 11 juin par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 1,3 million de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays en raison des violences endémiques qui dévastent l’île, principalement le fait des gangs armés. Cette donnée, la plus élevée jamais enregistrée pour Haïti, représente une hausse de 24 % depuis décembre 2024.
Dans un pays déjà frappé par l’effondrement de ses institutions, les chiffres font froid dans le dos : en décembre 2023, environ 315 000 personnes étaient recensées comme déplacées. Un an plus tard, ce chiffre a plus que triplé. Plus de la moitié des déplacés sont des enfants, contraints de fuir les quartiers où les gangs font régner la terreur. Ces groupes armés, selon l’ONU, contrôlent aujourd’hui 85 % de Port-au-Prince.
La capitale concentre les tensions les plus aiguës. D’après l’OIM, les déplacements à Port-au-Prince ont augmenté de 87 % en un an, en raison non seulement de la violence, mais aussi de l’effondrement des services essentiels comme la santé et la distribution alimentaire. Une large partie des déplacés trouve refuge chez des proches ou dans des communautés d’accueil déjà débordées, tandis que d’autres survivent dans des campements de fortune.
Cette crise est également alimentée par les vagues d’expulsions en provenance de la République dominicaine. En 2024, quelque 200 000 Haïtiens ont été renvoyés dans leur pays, aggravant encore la pression sur les infrastructures sociales déjà exsangues. Le retour forcé de ces populations s’ajoute au chaos provoqué par les bandes armées, plongeant le pays dans une spirale humanitaire sans précédent.
La Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), déployée sous mandat onusien depuis juin, peine visiblement à reprendre le contrôle. Malgré sa présence, la violence ne diminue pas, et les appels à l’aide internationale se multiplient. « Haïti a besoin d’une aide humanitaire conséquente dès maintenant », a averti la directrice de l’OIM, Amy Pope, qui appelle à s’attaquer aux causes profondes de cette instabilité chronique.





