En Haïti, un chef de gang aux portes du pouvoir

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Il se fait appeler « Barbecue », de son vrai nom Jimmy Cherizier. Son charmant surnom viendrait d’une fâcheuse habitude que ce chef de gang a de brûler ses adversaires. Le pire c’est qu’au départ, il n’est pas chef de gang du tout, mais policier. Et que ce surnom ne date pas d’hier. En 2017, lors d’une opération antigang, il brûle neuf personnes dans le quartier de Grand Ravine, à Port-au-Prince. Ses méthodes pour un temps ne dérangent pas trop les autorités. Barbecue rend des services… En 2018 à La Saline, un bidonville de Port-au-Prince, 71 personnes sont tuées par les membres du gang Delmas 6, sous ses ordres. C’est l’opération de trop. Jimmy Cherizier est renvoyé de la police. En Haïti, ce n’est ni le premier, ni le dernier criminel à s’affranchir du pouvoir pour rentrer dans la clandestinité. A une différence cependant. 

Jimmy Cherizier est devenu aujourd’hui tellement puissant qu’il entend chasser le Premier ministre, Ariel Henry. Profitant d’un voyage à l’étranger de ce dernier, la « famille G9 », un syndicat de gangs regroupés autour de Barbecue, s’est attaquée à différents points stratégiques, notamment les prisons et les administrations, et s’emparant d’une grande partie de la capitale Port-aux-Princes où ses hommes mènent un véritable siège de la ville. Plusieurs milliers de détenus, pour la plupart ses partisans, se sont évadés, une situation qui mène l’île au bord du chaos. Mardi 5 mars, Barbecue a menacé tout le pays d’une guerre civile sanglante si Ariel Henry restait au pouvoir. Les cartels sud-américains ont par le passé fait pression sur les politiques, en tentant de s’imposer dans les jeux de pouvoirs. Pablo Escobar a même imaginé qu’il pourrait, grâce à sa popularité, devenir président de Colombie en mode Robin de Bois qui prend aux riches pour rendre aux pauvres. Mais ça n’est jamais allé plus loin qu’un délire de chef de gang populaire. 

Un Premier ministre acculé à la démission

L’originalité de Barbecue est de mêler des méthodes criminelles avec des liens politiques établis à l’époque où il était policier. Pour constituer son syndicat du crime, il a longtemps joué sur les deux tableaux, par exemple en rendant des services grâce à des assassinats ciblés au profit de certaines personnalités politiques du pays. Lorsqu’il était policier, surtout entre 2017 à 2021, sous le mandat du président Jovenel Moïse, il s’est rendu indispensable et beaucoup de hauts fonctionnaires du pays le soutiennent encore. 

Jovenel Moïse était au départ un dirigeant consensuel et la population était prête à lui donner sa chance. Les États-Unis l’avaient adoubé, passage obligé de la politique en Haïti, mais rapidement, il s’est livré à une répression sanglante sur ses adversaires qui lui a valu d’être lui-même assassiné. Le Premier ministre qui vient de démissionner, Ariel Henry, ne devait au départ qu’assurer l’intérim. Mais il n’a cessé de repousser la date des élections. Cette situation politique a offert un boulevard à Barbecue qui, du coup, se pose comme alternative. Pour la population de ce pays qui comptent parmi les plus pauvres des Caraïbes, Barbecue arrive à point nommé pour capitaliser sur les griefs vis-à-vis du pouvoir et notamment du Premier ministre démissionnaire. « Mon objectif est d’éliminer, d’arrêter les politiciens corrompus », déclare Barbecue, assurant vouloir mettre fin à l’insécurité à Haïti. Si les choses restent en l’état, il risque d’y arriver et de gagner son pari. Ariel Henry est resté bloqué à Porto-Rico. La communauté caribéenne, la CARICOM et les instances internationales lui ont demandé, avec succès, de donner sa démission et de participer à la mise en place d’un gouvernement de transition. 

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