Culture

Aux marches de l’Empire (1/3) : Les vignes oubliées des Bonaparte

 D’entrée, on peut observer que le domaine rural dans lequel nous pénétrons a conservé de jolis restes de sa grandeur passée. Nous sommes dans un cadre bucolique à Villa Vicentina dans la province d’Udine, non loin de Trieste et de la mer Adriatique. Durant un siècle, cette propriété - dont on s’aperçoit vite qu’elle a malheureusement perdu sa superbe d’antan - a appartenu à la famille Bonaparte qui y a laissé en maints endroits son empreinte. 

La maison et les terres avoisinantes furent en effet acquises en 1818 par Élisa Bonaparte, sœur de l’Empereur et épouse du général corse Félix Baciocchi (1762-1841). Élevée entre 1784 et 1792 à la Maison royale de Saint-Louis fondée par Madame de Maintenon à Saint-Cyr-l’École, elle était très cultivée et protégea Chateaubriand. Elle s’est installée en Italie avec son mari en 1805 à la demande de Napoléon. De 1809 à 1814, elle porte le titre de grande-duchesse de Toscane, État confisqué par Napoléon à la famille de Habsbourg. 

Caves de la Villa Vincentina

 La propriété de Villa Vicentina est proche des ruines romaines antiques d’Aquilée, un des ports les plus importants de l’Empire romain. Il suffit de creuser un peu les alluvions pour y découvrir de splendides mosaïques ou des chapiteaux finement sculptés. Élisa Bonaparte s’y intéresse beaucoup mais contracte des fièvres pernicieuses dans ces terres marécageuses. Elle meurt donc prématurément à Via Vicentina le 7 août 1820, âgée de 43 ans. Sa fille, nommée Élisa Napoléone Baciocchi (1806-1869), hérite du domaine mais termine sa vie en France, son fils unique s’étant suicidé après avoir été empêché d’épouser une actrice. La princesse Baciocchi lègue donc sa fortune à son cousin le Prince Impérial, fils de l’empereur Napoléon III. Lui-même meurt sous l’uniforme anglais en Afrique du Sud en 1879 et c'est donc sa mère, l’impératrice Eugénie qui hérite de Villa Vicentina et qui finira par la céder à son régisseur en 1919. Il est resté depuis dans les mains de la famille Ciardi. 

 
En 1869, la propriété de Villa Vicentina a accueilli sur ordre de Napoléon III le séjour du célèbre savant Louis Pasteur (1822-1895), alors plongé dans l’étude des vers à soie. Pasteur y mène des expériences sur ceux élevés dans les mûriers de la propriété. Celle-ci poursuit aussi une activité de production viticole qui perdure encore aujourd’hui mais sur 14 hectares seulement. L’accueil des propriétaires est chaleureux même si l’héritage incarné par ces immenses bâtiments agricoles dont certains remontent à la Renaissance, semblent lourds à porter. 

Dans les caves de la propriété demeurent de nombreuses foudres de bois frappées du « N » de la famille Bonaparte. Destinées à stocker les vins de la propriété, elles ne sont plus utilisées depuis une vingtaine d’années mais pieusement conservées. Dans le bureau de l’exploitation, orné de diplômes agricoles ancien, on retrouve le même « N » sculpté dans le bois du meuble à dossiers. On aimerait voir les lieux sortir de leur torpeur et retrouver leur splendeur passée. 

Jérôme Besnard

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Commentaires

Régis-Victor LAVIER

Il y a 1 ans

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Tout ce qui nous rapproche de la Famille Impériale de près ou de loin est un pur bijou.

Philippe Châtenet

Il y a 1 ans

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Merci beaucoup pour ce billet très intéressant sur cette propriété oubliée peu [ou pas] connue. J'attends - avec impatience - la suite. Bonne continuation. Cdlt. Philippe.

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