Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez traverse l’une des plus graves crises de son mandat, frappé de plein fouet par un scandale de corruption qui touche le cœur même de son parti.
Le numéro trois du PSOE, Santos Cerdán, a été contraint de démissionner après avoir été mis en cause dans une affaire de détournements de fonds publics en lien avec des marchés attribués durant la pandémie. Le rapport accablant de la Garde civile mentionne des versements occultes de plus de 600 000 euros, avec l’implication présumée de l’ancien ministre José Luis Ábalos et de son homme de confiance, Koldo García. Face à la pression, Sánchez s’est excusé publiquement, assurant qu’il ignorait tout de ces malversations.
Cette affaire survient dans un climat politique déjà tendu. L’opposition de droite, emmenée par Alberto Núñez Feijóo, multiplie les appels à la démission du chef du gouvernement, évoquant une dérive mafieuse du pouvoir socialiste. Des manifestations rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes ont eu lieu à Madrid, où les slogans appelaient à la fin du « régime Sánchez ». L’extrême droite de Vox réclame une motion de censure, tandis que le Parti populaire appelle les alliés indépendantistes du gouvernement à rompre leur soutien. Pour l’heure, le Premier ministre conserve son poste faute d’alternative parlementaire.
Le scandale gagne cependant du terrain et touche désormais le cercle intime du chef de l’exécutif. Son épouse, Begoña Gómez, fait l’objet d’une enquête pour trafic d’influence, et son frère, David Sánchez, doit être prochainement jugé pour des faits similaires. Le parquet général, dirigé par un proche du gouvernement, est lui aussi impliqué dans une affaire de fuites. La droite rappelle avec ironie que Pedro Sánchez est lui-même arrivé au pouvoir en 2018 sur les ruines d’un gouvernement Rajoy miné… par une affaire de corruption.
Dans ce contexte explosif, Pedro Sánchez exclut toute dissolution du Parlement et tente de préserver une majorité fragile, qui dépend de partis catalans et basques peu enclins à de nouvelles élections. Mais sa marge de manœuvre est étroite : gouverner avec le budget 2023, céder face aux revendications séparatistes et résister à l’effritement de son autorité. En dépit d’une économie en croissance et d’indicateurs globalement positifs, la légitimité politique du socialiste s’effrite. Le dernier acte de son mandat pourrait ressembler à une lente agonie.





