Trump et l’Iran : stop ou encore ?

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Hier, Donald Trump a réuni son « cabinet de guerre » à la Maison Blanche. L’ordre du jour indiquait qu’on allait examiner ce qui se passera la semaine prochaine lorsque le cessez-le-feu actuel expirera. Celui-ci se termine mercredi matin.

En toute logique, Trump devrait regarder les choses avec pragmatisme et réaliser, ce dont il est parfaitement conscient, que cette expédition n’a eu que des conséquences dramatiques sans produire les effets escomptés au départ. Vaincre l’Iran militairement n’est pas réalisable avec la quantité de troupes présentes et les moyens des États-Unis. La guerre asymétrique proposée par l’Iran indique que la seule manière d’y arriver, et encore elle est parfaitement incertaine, réside dans un conflit prolongé avec intervention de troupes au sol. Or aucun mouvement d’une quelconque opposition n’a été observé au sein de la société iranienne, contrairement à ce que les experts du Mossad en particulier avaient annoncé. Les Kurdes iraniens ou irakiens n’ont pas bougé, contrairement à ce qui avait été prévu, toujours par le Mossad. Des têtes du régime iranien sont tombées, mais elles ont aussitôt été remplacées par d’autres, pas moins modérées que les précédentes. La structure iranienne de commandement fonctionne toujours.

Trump aura beau claironner que militairement les Iraniens sont à genoux, que leurs infrastructures militaires ont été anéanties, qu’il ne reste rien ou presque de leur marine et de leur aviation, ces propos ne servent qu’à une chose : prouver que le président américain et avec lui son secrétaire à la guerre, Pete Hegseth, n’ont toujours rien compris à l’adversaire qu’ils ont face à eux. Au lieu d’essayer de relancer la guerre, Trump devrait admettre que le plan n’a pas fonctionné, et chercher à désengager les États-Unis aussi rapidement que possible au coût le plus bas possible. 

Le constat est sans appel.

Avant de commencer cette guerre contre l’Iran, il n’existait aucune menace vis-à-vis des États-Unis. Les Iraniens n’étaient pas à deux semaines d’obtenir la bombe atomique, et ils n’avaient fait aucun geste montrant qu’ils allaient y parvenir. Des rapports émanant du renseignement américain, du Pentagone et de l’AIEA allaient tous dans ce sens : depuis l’attaque israélienne de juin 2015, les Iraniens n’avaient pas touché à l’enrichissement de l’uranium.

Avant le 28 février, le détroit d’Ormuz était ouvert, libre et sans entraves. Environ 19 millions de barils de pétrole et tous types de marchandises y circulaient librement chaque jour. Les bases américaines étaient totalement opérationnelles. Aucun avion n’avait été abattu. Le prix du pétrole était un peu plus de 60 $ le baril, avec toutes les raisons de penser qu’il resterait stable à ce prix. Les alliés régionaux se sentaient protégés.

Tout cela n’est plus vrai. Le pire étant peut-être que ces conséquences étaient parfaitement prévisibles et qu’en décidant de la guerre, Donald Trump a choisi de les ignorer. Dans ce contexte, relancer la guerre ne fera qu’aggraver encore les coûts, avec probablement plus de morts et de destructions pour l’Amérique et ses alliés, et une interruption encore plus grave des approvisionnements mondiaux en pétrole. Le temps joue en défaveur de l’Occident tandis que l’Iran peut encore tenir. Et survivre pour son régime, c’est vaincre. Trump n’aura toujours pas le contrôle du détroit, et il fera face à une défaite stratégique par un adversaire plus faible, mais mieux positionné. Interrogé récemment pour savoir s’il craignait ou non une intervention américaine au sol en Iran, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abass Araghshi, répondait avec un sourire « non, nous les attendons ». Cette phase n’a pas encore commencé. Un seul homme peut décider d’y engager son pays ou non, et avec lui le monde sur le volet économique, il s’appelle Donald Trump.

Voir aussi : Et si on parlait du dernier OMERTA ?

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