L’ancien président congolais Joseph Kabila a fait jeudi une apparition remarquée à Goma, ville stratégique de l’est de la République démocratique du Congo actuellement sous contrôle du groupe armé M23. Barbe rasée, costume sombre, le taiseux Kabila, 53 ans, a affiché un large sourire devant les caméras en recevant des responsables religieux. Aucune déclaration, mais un message clair : il est de retour, et il n’a pas l’intention de se taire.
Son apparition intervient quelques jours après une allocution en ligne dans laquelle il dénonçait la « dictature » du régime de Félix Tshisekedi, qu’il avait pourtant contribué à faire élire en 2018 après deux mandats controversés. Kabila, qui avait quitté le pays fin 2023, conserve un vaste réseau d’influence, notamment dans l’armée et à l’est, sa région d’origine. Ce retour intervient alors que Kinshasa l’accuse de complicité avec le M23, mouvement rebelle soutenu par le Rwanda, et que le Sénat a levé son immunité parlementaire pour permettre des poursuites.
Les autorités congolaises l’accusent de trahison, de participation à une rébellion, de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Mais pour de nombreux observateurs, ces accusations sont aussi politiques que juridiques, dans un contexte de tensions exacerbées entre le pouvoir central et l’opposition. Sa présence à Goma, en compagnie du porte-parole du M23, Lawrence Kanyuka, renforce les soupçons de collusion avec le groupe armé.
Né dans le maquis, formé en Chine, arrivé au pouvoir en 2001 après l’assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila, l’ancien président a longtemps été perçu comme une figure opaque, silencieuse mais redoutablement habile. Il parle peu le français, pas le lingala, mais maîtrise le swahili et l’anglais, et reste pour beaucoup un « homme de l’Est », à la fois distant de Kinshasa et profondément enraciné dans les équilibres militaires régionaux.
Alors que le pays s’enfonce dans une guerre prolongée dans sa partie orientale, le retour de Kabila pourrait bien redistribuer les cartes du pouvoir en RDC. Pour certains, il prépare un retour politique. Pour d’autres, il ne serait qu’un fantôme du passé jouant une dernière partition dans une pièce à haut risque.





