Nicolás Maduro : le goudron et les plumes

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Samedi matin, vers 3 heures, heure de Caracas, Nicolás Maduro a été réveillé par ceux que les djihadistes qui ont eu avec eux une longue pratique appelaient les « hommes verts », les membres de la Delta Force, en raison des peintures sur leurs visages.

D’après Donald Trump, Maduro a mis les mains en l’air et s’est rendu aussitôt, comme s’il s’attendait à son sort. On débattra encore longtemps pour savoir si c’est vraiment une taupe de la CIA qui a renseigné les Forces spéciales sur le lieu exact du sommeil du président vénézuélien. L’homme était connu pour, depuis plusieurs années, ne jamais dormir plus d’une nuit dans le même lit. Ou bien si sa capture est le résultat d’un « inside job », un traitre à la cause chaviste, comme certains de ses partisans ne manqueront pas de qualifier l’individu s’il est un jour identifié. Toujours est-il que, depuis, le président vénézuélien déchu est réapparu dans diverses tenues, toujours accompagné de membres du DEA, le bureau de lutte contre le trafic de drogue aux États-Unis. Il a d’abord transité par Guantanamo Bay, là où résident toujours une quinzaine de spécimens de la lutte contre le terrorisme, démarrée il y a vingt ans dans la foulée du 11 septembre. Ce n’était qu’un transit, mais le symbole était éloquent. Depuis la création sur l’enclave américaine en territoire cubain du « Camp Delta » (X-ray à l’origine), Guantanamo a toujours représenté le cas d’école typique d’une négation flagrante des règles du droit international, en fait du droit tout court. Les talibans et autres insurgés raflés sur les champs de bataille d’Afghanistan puis d’Irak se voyaient détenus pour une durée indéterminée, comme subtilisés au reste de l’humanité. Un autre Donald, Rumsfeld celui-là, m’avait lors d’une interview au Pentagone décrit un jour le principe : « Le but est simplement de les retirer de nos rues », m’expliquant que si je me faisais voler ma mobylette, je ne voulais pas que cela recommence… J’avoue avoir été un peu dubitatif à l’époque, mais devant tant d’enthousiasme, Guantanamo était son bébé, ne pas avoir renchéri. L’enclave louée depuis cent ans à Cuba n’étant pas située sur le territoire des États-Unis, les détenus n’y avaient donc aucun droit. Nicolás Maduro n’est resté que quelques heures sur le tarmac de l’aéroport militaire, situé à l’ouest de Guantanamo, donc loin de la zone de détention.

Il a ensuite voyagé jusqu’à New York où, une nouvelle fois, on l’a vu défiler, encadré par deux agents dans l’aéroport. Il portait cette fois une tenue sombre et était affublé d’un bonnet qui donnait l’impression qu’on lui avait fait intentionnellement des oreilles d’âne. Quel que soit le but de la manœuvre, il s’agissait de ce que les Américains appellent un « perp walk », traduction de la marche du criminel. C’est l’équivalent moderne du goudron et des plumes des villes du Far-West autrefois. Depuis l’époque des Cowboys et des Indiens, les Américains vivent dans un cinéma permanent, Hollywood étant la plus puissante machine au monde de recyclage de la réalité à des fins d’installer pour toujours le rêve américain. Et ils ont gardé cette coutume, DSK en sait quelque chose. Cette idée que le président des États-Unis d’Amérique serait une sorte de shérif n’est d’ailleurs pas nouvelle. Souvenez-vous des mots de Georges Bush lors de sa première conférence de presse après le 11 septembre : « Ils ont cette formule dans l’Ouest, disait-il en parlant de Ben Laden, qui dit : « Mort ou vif ». » Trump en a repris aujourd’hui tous les traits.

Mais revenons à Maduro. Ce n’était pas fini pour lui. Pas de repos pour un despote à terre. Lui tentait de prendre la chose un peu à la légère. « Bonne année », a-t-il dit un moment. Il lui arrivait de sourire. Qu’auriez-vous fait à sa place ? On le vit quelques heures plus tard à l’intérieur d’une camionnette conduite toujours par des agents du DEA, faisant une sorte de défilé dans les rues de New York, suivi par des motos et d’autres voitures qui klaxonnaient. Vercingétorix, vaincu et capturé, avait été exhibé dans les rues de Rome lors du défilé triomphal de César. Là c’est un peu la même chose. Car Trump, avec ce coup d’éclat, a changé de braquet. De président, il est presque devenu empereur. Il renoue avec une approche coercitive assumée de la doctrine Monroe, rebaptisée « doctrine Donroe », qui va de pair d’ailleurs avec ses menaces répétées d’annexion du Groenland. Il faut le prendre au sérieux. Il ne craint pas l’intervention. Sur le dossier ukrainien où les négociations piétinaient, cela lui donne de l’air. Profitant de ce détournement de l’attention, les Russes ne sont sans doute pas mécontents de continuer à avancer à l’est du pays, en se rapprochant de leurs objectifs. Tout au long de la crise à Caracas, ils n’auront soutenu que bien mollement leur allié Nicolás Maduro. C’est même leur voisin, le Bélarusse Alexandre Loukachenko, qui lui a offert publiquement l’asile, à aucun moment Poutine. Les Russes savent surtout qu’avec cette opération, ils ne seront plus les seuls à se voir accusés d’agresser leur voisin. Cette intervention est aussi un acquiescement que les États-Unis renouent avec un interventionnisme limité. Cette nouvelle donne pourrait donner des idées à d’autres, la Chine pour ne pas la nommer, en lui laissant penser qu’elle peut désormais laisser libre cours à l’expression de sa puissance, contre Taïwan par exemple, à condition de rester dans sa zone. C’est une forme de partage du monde qui s’opère. Bienvenue dans le nouvel ordre mondial.

Voir aussi : Nicolás Maduro : du kidnapping à l’humiliation publique

Alors, pendant ce temps, Maduro commençait à montrer les signes d’une fatigue extrême. Donald Trump enchainait les conférences de presse sur le mode « nous allons remodeler le continent américain », menaçant tantôt Cuba, tantôt la Colombie. Jusque-là, tout allait bien. Les Européens, à de rares exceptions près, n’ayant pas condamné le kidnapping, on espérait secrètement que la bourrasque de l’assaut spectaculaire allait s’estomper. Il n’en fut rien car l’homme réitéra pour la énième fois son désir de prendre le contrôle du Groenland. Là les Danois, une nouvelle fois, protestèrent vivement par la voix de leur Première ministre Mette Frederiksen. Les Danois, vous savez, les mêmes qui achètent des F-35 et par des Rafale… Passons. Mais la menace se rapprochait inexorablement de l’Europe, de plus en plus sommée de se soumettre. « Nous avons besoin du Groenland pour des raisons de sécurité », martelait Trump. « Le Danemark n’assure pas cette sécurité. »

On tentait de dormir face à ce torrent d’informations et de nouvelles menaces. Poutine n’était pas en reste et continuait ses bombardements nocturnes sur l’Ukraine. La nuit se poursuivait quand survint l’annonce du déplacement de cinq bombardiers C-17 vers les bases américaines en Allemagne. Certains notaient qu’en juin dernier, lors de l’attaque d’Israël sur l’Iran, les mêmes bombardiers avaient fait le même voyage. Benjamin Netanyahou était à Mar-a-Lago chez Trump quand déjà ? Il y a une semaine. Coïncidence ? Certainement pas. Le monde est en ébullition. Mais peut-être qu’au milieu de tout cela, dans sa cellule de Fort Dix dans le New Jersey, un pénitencier qui accueille déjà une autre célébrité, le fameux P. Diddy, Nicolás Maduro est-il enfin parvenu à trouver le sommeil…

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