L’OTAN, alliance défensive ou instrument de puissance ? Entretien avec Nikola Mirković

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Créée en 1949 pour contenir l’Union soviétique, l’OTAN a survécu de trente-cinq ans à son adversaire déclaré. Pourquoi ? Et que signifie, aujourd’hui, en faire partie ? Nikola Mirković, essayiste franco-serbe spécialiste des Balkans et de l’Europe de l’Est, engagé au sein de l’association Ouest-Est, répond à nos questions dans cet entretien de vingt-cinq minutes.

Pour lui, le point de bascule porte une date : 1999. En bombardant la Yougoslavie pendant soixante-dix-huit jours alors qu’aucun de ses membres n’avait été agressé, l’Alliance aurait franchi la ligne qui sépare la défense collective de l’intervention offensive. De là, selon lui, une dérive continue : l’Irak en 2003, puis la transformation progressive de l’organisation en ce qu’il décrit comme une « légion étrangère » de l’armée américaine – commandement suprême systématiquement confié à un général des États-Unis, et dépendance croissante des Européens à l’industrie de défense américaine, qui fournirait désormais la majorité de leurs achats d’armement.

Nikola Mirković revient longuement sur l’avertissement que Washington s’était adressé à lui-même. Il cite George Kennan, architecte de la doctrine du containment, pour qui l’élargissement de l’OTAN constituait la plus lourde erreur stratégique de l’après-guerre froide ; l’ancien ambassadeur Jack Matlock ; et surtout le télégramme de 2008 de William Burns, révélé par WikiLeaks sous le titre « Nyet means nyet », qui prévoyait qu’une adhésion ukrainienne pourrait déboucher sur une guerre civile et contraindre Moscou à intervenir. Des mises en garde restées lettre morte, estime-t-il, et dont la guerre actuelle serait la conséquence prévisible.

Propos recueillis par Julie Péron

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