Le Royaume-Uni hausse le ton face aux pays jugés peu coopératifs en matière de retour de leurs ressortissants en situation irrégulière. La nouvelle ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, a averti lundi que Londres pourrait suspendre les visas délivrés aux États qui refusent de signer ou d’appliquer des accords de réadmission.
« Je ferai tout ce qu’il faut pour stopper les traversées en petits bateaux », a-t-elle déclaré, rappelant que plus de 30 000 migrants avaient déjà traversé la Manche depuis le début de l’année, un chiffre record et qualifié de « totalement inacceptable ». Mahmood, qui vient de succéder à Yvette Cooper lors du remaniement du gouvernement de Keir Starmer, a indiqué vouloir aller « plus loin et plus vite » pour restaurer l’autorité de l’État en matière migratoire.
Dans le cadre d’une réunion avec les alliés anglo-saxons du « Five Eyes » (États-Unis, Australie, Canada et Nouvelle-Zélande), la ministre a souligné que Londres poussait désormais pour une action coordonnée. « Si un de leurs citoyens n’a pas le droit de rester chez nous, ils doivent le reprendre », a-t-elle insisté. La suspension de visas serait l’un des leviers envisagés pour contraindre les pays récalcitrants à coopérer.
Cette fermeté traduit un durcissement de la ligne britannique. En juin dernier, Keir Starmer s’était contenté d’évoquer une restriction des visas pour les pays peu enclins à accepter leurs ressortissants expulsés. Sa ministre de l’Intérieur va désormais plus loin, en mettant la menace sur la table de manière explicite. Londres dispose déjà d’accords migratoires avec des pays comme l’Albanie, l’Inde, le Pakistan ou encore le Nigeria, mais estime que de nombreux autres États doivent suivre cet exemple.
La crise migratoire est devenue un sujet central de tension politique au Royaume-Uni. La montée en puissance du Reform UK de Nigel Farage, qui caracole dans les sondages, accentue la pression sur le gouvernement travailliste, sommé de réagir avec fermeté. Le Home Office a d’ailleurs rappelé que les traversées illégales ont bondi de 20 % depuis l’été 2024, mettant à rude épreuve un système d’asile saturé et pesant lourdement sur les finances publiques.
En assumant une ligne plus dure, Shabana Mahmood cherche à répondre à une demande croissante d’ordre et de contrôle des frontières. Elle n’exclut pas non plus de revoir la mise en œuvre de la Convention européenne des droits de l’homme, qu’elle juge insuffisamment adaptée aux enjeux migratoires contemporains. Londres affiche ainsi une volonté claire : reprendre la main sur son système migratoire et envoyer un signal aux pays qui, jusqu’ici, ont refusé de coopérer.





