Depuis 1979 et la crise des otages consécutive à l’avènement de la République islamique d’Iran, l’Amérique attend ça.
La chute du régime des mollahs revêt sous certains aspects la fin du nazisme sous Roosevelt ou celle du communisme sous Reagan. Trump y a-t-il pensé lorsque, samedi dernier, 8h15 heure de Téhéran, il a donné son aval aux frappes de missiles qui ont tué le Guide suprême iranien, Ali Khamenei ?
Certainement car depuis plusieurs semaines, on sentait le président hésitant à l’idée de frapper l’Iran. Engager en effet l’Amérique dans une nouvelle guerre alors qu’il a été précisément élu pour les arrêter n’était pas chose facile à faire pour Donald Trump. D’autant qu’il sait que du succès de cette opération dépend pour partie le succès de son mandat.
En cas d’échec ou de bourbier, voire d’une déstabilisation majeure de la région, il lui sera imputé immédiatement d’avoir lancé son pays dans une énième guerre ingagnable et sans fin. Sa base MAGA l’attend au tournant à la maison. Elle lui réclamera des comptes. C’est pourquoi, déjà, Tucker Carlson, figure MAGA par excellence, s’était rendu la semaine dernière à la Maison-Blanche pour tenter de dissuader le président d’intervenir. En son temps, juste avant son assassinat, Charlie Kirk avait fait la même chose. Marjorie Taylor Greene, l’ex-égérie du trumpisme tombée en disgrâce, parle désormais de trahison par Donald Trump de ses électeurs.
Sur les fronts du Moyen-Orient, l’opération « Furie épique » continue de frapper l’Iran a un rythme soutenu. De leur côté, les Israéliens sont parvenus à éliminer sept sur vingt-huit hauts dignitaires du régime, dont le guide. Tout cela n’a pour le moment aucunement amoindri la force et l’amplitude de la riposte iranienne, qui a surpris même les meilleurs experts.
Avant l’intervention, Ali Khamenei avait régionalisé les commandements des Pasdaran, les gardiens de la révolution, autorisés à frapper où et comme bon leur semble. Cela donne un sentiment de confusion dans la riposte iranienne et cette impression de vouloir frapper tout à la fois. Cela n’enlève rien cependant à l’efficacité des frappes qui, depuis les ambassades américaines dans la région aux bases militaires et jusqu’au centre de Jérusalem, posent de vrais problèmes aux Israéliens et aux Américains.
Ces derniers n’ont qu’un nombre de missiles (important) limité tant en termes de délais de production qu’en termes de rythme d’utilisation. Les experts militaires estiment à 7 à 10 jours la capacité de tenir le rythme. Côté iranien, outre les éliminations qui se poursuivent, c’est l’incertitude sur la quantité de missiles à disposition. Le bras de fer régional est engagé. Ce sera à celui qui restera le plus solide le plus longtemps.
L’Iran est plus faible que les États-Unis et Israël réunis, mais si la guerre se prolonge et que le régime survit, Téhéran déclarera victoire. Trump devra alors se contenter du « scalp » de Khamenei. Ça sera difficile à vendre à ses partisans, surtout à la veille des élections de mi-mandat.
Voir aussi : Iran, la guerre jusqu’où ? Régis Le Sommier sur Ligne Droite





