Iran Israël États-Unis, le spectre du retour de la guerre

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Plusieurs événements significatifs se sont déroulés la nuit dernière entre l’Iran, Israël et les États-Unis. Voici pour commencer le déroulement des divers événements auxquels nous avons assisté. Tout commence par une première entorse dans la relation entre Benjamin Netanyahou et Donald Trump. On se souvient que Trump a dit il y a une semaine à Netanyahu au téléphone : « Tu es complètement fou. Tu serais en prison si je n’étais pas là. Tout le monde te déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça. » Hier soir, dans une interview au Financial Times, Trump assure que Netanyahu n’aura d’autre choix que d’accepter l’accord que les États-Unis négocieront avec l’Iran, parce que « c’est moi qui décide. C’est moi qui décide de tout. Ce n’est pas lui qui décide. »

Dans la réalité, les choses sont plus compliquées. Et c’est au Liban qu’elles prennent tout leur ampleur et qu’elles démontrent que, tant du point de vue israélien que de celui de l’Iran, le pays est indivisible de l’accord général entre l’Iran et les États-Unis pour arrêter la guerre. Israël entend en effet poursuivre ses opérations contre le Hezbollah au pays du cèdre et l’Iran refuse de signer un accord quelconque sans qu’il n’inclue le Liban. Qu’est-ce qui vient de changer hier soir ? D’abord, Israël a commencé par frapper le sud de Beyrouth. Première désobéissance à Trump qui, depuis le cessez-le-feu du 17 avril, lui a interdit de le faire et demandé expressément d’épargner la capitale libanaise. Frappes significatives au cœur du fief chiite de Dahieh. Ensuite, fait majeur, c’est la première fois que l’Iran frappe Israël en réponse à une frappe israélienne sur un 3ᵉ pays. Pas l’Iran lui-même, mais le Liban. La dissuasion iranienne signifiait autrefois : frappez l’Iran et l’Iran riposte. Ce soir, cela s’est élargi à : frappez le Liban et l’Iran riposte. C’est une équation fondamentalement différente. Une équation qui étend le rayon d’action iranien comme un frein à l’action militaire israélienne à travers toute la région, et pas seulement sur le territoire iranien. Or pendant des décennies, Israël a opéré avec une quasi-impunité parce qu’aucune puissance régionale n’avait à la fois la capacité et la volonté d’imposer de réels coûts à ses actions militaires à l’étranger. Sur les tirs de missiles de l’Iran, Trump déclare, toujours au Financial Times, que « Ça n’aura aucun impact sur l’accord. » Sur ce qui se passerait si les négociations échouent : il envisagerait un raid commando en Iran. Ou maintenir le blocus, qu’il a qualifié de « probablement plus puissant que toute attaque jamais menée contre ce pays ». Là-dessus, rien de nouveau.

Nouveau coup de fil cette nuit entre Trump et Netanyahou. Trump dit à Netanyahou qu’il est mécontent des frappes sur Beyrouth et demande à ce dernier de ne pas riposter aux frappes iraniennes. Nouvelle désobéissance quelques heures plus tard. Israël attaque l’Iran, Tabriz, Ispahan et Téhéran, notamment l’aéroport. En tout, ce sont onze villes qui ont été ciblées, dont l’île de Kharg, le terminal pétrolier iranien, avec plusieurs types de missiles. Netanyahu ayant répondu à Trump qu’il comptait frapper l’Iran de toute façon… Il inflige un nouveau camouflet au président américain qui affirmait aux journalistes que c’était lui qui décidait.

         On peut tout de même s’interroger sur le fait que ce que les deux hommes nous livrent est peut-être un jeu de dupes car lors des frappes israéliennes une multitude d’avions de ravitaillement américains ont été annoncés comme ayant décollé. Or on sait qu’en cas de frappes, et même si les Américains annoncent ne pas y avoir participé, les Israéliens ont toujours besoin de la logistique américaine. Et que donc, cette fois encore, celle-ci ne leur aura pas fait défaut, malgré les déclarations de Donald Trump. À noter également que l’Iran a tiré au moins deux missiles balistiques sur la base Prince Sultan en Arabie saoudite.

Il convient de prendre également en compte les dernières révélations du New York Times et de plusieurs autres médias d’importance. Selon les informations rapportées, des responsables américains s’inquiètent d’efforts israéliens visant à obtenir des renseignements sur les discussions américaines concernant l’Iran, notamment en cherchant à connaître les positions de négociation de hauts responsables américains. Ses nouvelles révélations ne prouvent pas que :

  • Israël espionne massivement les États-Unis dans tous les domaines ;
  • Toutes les allégations rapportées sont établies de façon publique ;
  • Il existe une rupture fondamentale de l’alliance américano-israélienne.

Mais certains rapports évoquent la découverte de logiciels de surveillance sur des téléphones utilisés par du personnel américain en Israël. On estime que les cibles des Israéliens seraient Steve Witkoff et deux autres officiels du Pentagone en charge des négociations avec l’Iran. La Maison Blanche a nié, mais le Pentagone estime que le degré d’espionnage opéré par son allié est passé à un stade critique, c’est-à-dire qu’il est plus large que celui opéré par n’importe quel autre allié de l’Amérique et même supérieur à celui de certains de ses adversaires. Cela démontre les craintes de Netanyahou de voir un accord entre l’Iran et les États-Unis se nouer dans son dos. 

Cette affaire d’espionnage, ajoutée aux pressions diverses et agissements en dépit des remontrances de Trump, démontre que Bibi Netanyahou est prêt à tout pour que la guerre ne s’arrête pas. Si Trump veut vraiment y mettre un terme, il devra peut-être prendre des mesures significatives, comme cesser de fournir à Israël certaines armes, ce que Joe Biden avait fait au moment de Gaza. Sans les armes américaines, la marge de manœuvre d’Israël est nettement plus réduite.

J’en terminerai avec une note d’espoir. L’accord en vue avec l’Iran n’a jamais été aussi proche. C’est ce que Donald Trump a dit encore. Les prochaines heures nous montreront s’il a raison. Si les belligérants s’en tiennent là, cela voudra dire que oui. Wait and see.

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