La campagne électorale se termine et, comme les précédentes, le premier constat même avant l’heure du vote, c’est qu’elle s’est surtout déroulée sur le terrain français. Traditionnellement élection défouloir, l’élection européenne aura vu s’affronter pour le bulletin de l’électeur pas moins de 38 listes dont certaines étaient très farfelues comme la « ruche citoyenne ». Son programme s’articule autour de cette belle idée: « Unissons-nous comme les abeilles pour construire un avenir politique, écologique et respectueux des animaux, où chaque citoyen a sa place ». D’autres étaient plus inquiétantes comme « Free Palestine », dont l’action vise à mi-mot à importer le conflit à Gaza en Europe encore davantage et qui, du coup, s’est retrouvée en concurrence avec la « France Insoumise », quelque peu débordée sur sa gauche et sur son soutien aux Palestiniens.
Dans la foule de débats qu’aura connu cette élection, les institutions européennes ont été beaucoup critiquée. L’Europe est de plus en plus un repoussoir. Le paradoxe ,c’est que ces institutions visent à envoyer siéger à Strasbourg des députés dont les préoccupations restent pour la plupart centrées sur l’Hexagone. C’est l’ambiguïté au cœur de l’Europe telle qu’elle a été construite depuis la Libération. Une Europe qui n’a jamais su se faire aimer et qui cumule le désavantage de rester abstraite dans les sentiments qu’elle provoque et hostile dans les effets qu’elle fait ressentir dans la vie de tous les jours.
Même l’argument massue de la paix perpétuelle, brandi depuis 70 ans et le traité de l’Élysée par les pionniers du rapprochement franco-allemand pensant avoir tiré des leçons de l’histoire : trois guerres destructrices avaient opposé la France et l’Allemagne en 70 ans, semble ne plus fonctionner. Aujourd’hui la guerre est à nos portes. Elle concerne l’Ukraine que nous aidons et la Russie qui l’a agressé mais dans la tête de nos dirigeants, la guerre apparaît comme une obsession. L’attitude de la présidente de la Commission européenne, madame Ursula von der Leyen n’aide pas non plus en ce qu’elle accumule les déclarations martiales où son soutien à l’Ukraine semble, à l’image de celui d’Emmanuel Macron, faire danser le vieux continent au bord d’un volcan. Quant à la paix intérieure, elle n’existe pas non plus. Les partisans de l’ouverture des frontières n’ont plus le vent en poupe. Immigration, insécurité, protectionnisme et repli sur soi, Europe des nations, étaient les maîtres mots des débats. Le rêve des pères fondateurs s’éloigne cette année encore plus. Pour certains, il est devenu un cauchemar.





