Le Daghestan est connu pour avoir longtemps servi de sanctuaire aux djihadistes tchéchènes les plus durs, notamment après les guerres en Tchétchénie voisine au début des années 2000. Les services de sécurité de la Fédération de Russie y ont souvent mené des raids pour tenter de les éliminer. Pourtant, même si le pays lui-même est réputé pour la radicalité de certains de ses habitants à majorité musulmane, jamais les extrémistes ne s’étaient attaqués de façon si coordonnée à des édifices religieux chrétiens et juifs comme ils l’ont fait hier dimanche. En 2018, à Kizliar, un homme armé avait ouvert le feu sur des fidèles lors du Carême, tuant cinq femmes. Cette fois-ci, des églises orthodoxes et une synagogue ont été incendiées. On compte au moins 19 morts dont plusieurs policiers et un prêtre, contre six terroristes abattus. En plus des lieux de culte, des hommes masqués, habillés de noir ont attaqué un check-point de la police daghestanaise. C’est la capitale du Daghestan, la ville de Makhatchkala ainsi que la ville côtière de Derbent qui étaient visées pendant la Pentecôte de l’église orthodoxe. Une synagogue incendiée se trouvait à Makhatchkala. Signe que les Juifs ne sont pas les bienvenus dans le pays, en octobre 2023, après les attaques terroristes du Hamas contre le Sud d’Israël, la rumeur diffusée sur les réseaux sociaux de l’escale d’un vol reliant Tel-Aviv à Moscou et comportant des juifs à son bord avait vu une foule se précipiter à l’aéroport dans le but assumé de les passer à tabac. Vingt personnes avaient été blessées.
Ce retour des djihadistes caucasiens, particulièrement actifs au sein de l’État Islamique à l’époque de son apogée dans les années 2015/2017, fait suite à l’attentat contre une salle de concert, le Crocus City Hall à Moscou le 22 mars dernier. Des terroristes daghestanais avaient alors été appréhendés par les autorités alors qu’ils tentaient de passer en Ukraine. Le bilan de 145 morts et 551 blessés est parmi les plus lourds jamais enregistré en Russie. Cette nouvelle attaque laisse craindre une résurgence du terrorisme islamiste en Russie après des années de mise sous cloche. D’autant que dans la semaine qui s’est écoulé, les forces de l’ordre était déjà intervenues pour mettre un terme dans le sang à une mutinerie contre un centre pénitencier située dans le Sud de la Russie et dont certains leaders étaient des djihadistes ayant des liens avec Daech.
Pour Sergueï Melikov, le dirigeant du Daghestan « ces inconnus ont essayé de déstabiliser la société. Nous savons qui est derrière ces attaques terroristes et quel objectif ils poursuivent », a-t-il ajouté, sans préciser qui était dans le viseur mais en faisant allusion à la guerre en Ukraine. « Nous devons comprendre que la guerre arrive dans nos maisons aussi. Nous le sentions, mais aujourd’hui nous l’affrontons », a-t-il dit. Rien n’indique à cette heure si le renseignement ukrainien a pu commettre cet acte ou simplement fournir une aide aux terroristes. Il en allait de même pour l’attentat de Moscou, alors que plusieurs dirigeants russes avaient pointé du doigt Kiev dans cet acte barbare. Si c’était le cas, cela signifierait que les Ukrainiens ont trouvé une manière de frapper la Russie dans la profondeur. La guerre prendrait alors une tout autre dimension. La chape d’ombre qui plane sur l’origine de ces actes fait que pour l’instant, cela reste une guerre de l’ombre. Le patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe russe et fervent soutien du Kremlin, assure dans un communiqué que l’« ennemi » cherchait à détruire « la paix inter-religieuse, pour planter les graines de la haine ».





