Il est loin le Nicolas Sarkozy tournant dès son élection en 2007 la page gaullienne du tandem Chirac-Villepin, celui qui promut un « messianisme humanitaire à la française », comme l’expliquait Hadrien Desuin dans La France atlantiste ou le naufrage de la diplomatie française (Éd. du Cerf, 2017). À l’occasion de la publication de son nouveau livre, Le temps des combats (Éd. Fayard), Nicolas Sarkozy a donné un long entretien au Figaro Magazine. À plusieurs reprises, il a pris ses distances avec la politique étrangère actuellement menée par Emmanuel Macron.
Des référendums en Ukraine
Au risque de provoquer l’ire des atlantistes les plus radicaux, celui que l’on surnomma « Sarkozy l’américain » appelle au réalisme pour régler le conflit ukrainien. Ainsi, concernant la Crimée, il rappelle que, si son annexion en 2014 « a constitué une violation évidente du droit international, on doit bien avouer que concernant ce territoire, qui était russe jusqu’en 1954, et dont une majorité de la population s’est toujours sentie russe […] tout retour en arrière est illusoire ». Il propose donc à ce sujet « un référendum incontestable, c’est-à-dire organisé sous le contrôle strict de la communauté internationale » pour « entériner l’état de fait actuel ». Il n’est pas sûr que de tels propos réjouissent Volodymyr Zelensky.
Concernant les autres territoires annexés par la Russie au détriment de l’Ukraine depuis le déclenchement du conflit actuel en février 2022, Nicolas Sarkozy estime que les Occidentaux devront choisir entre la persistance d’un « conflit gelé » et « une sortie par le haut » via, là encore, des « référendums strictement encadrés par la communauté internationale ». Dans cet épineux dossier, l’ancien chef de l’État pense enfin que l’Ukraine n’a pas vocation à adhérer à l’Union européenne et doit rester « un pays neutre ».
Marocanité du Sahara occidental
Concernant le Maghreb, là encore, Nicolas Sarkozy tance à sa façon la politique d’Emmanuel Macron : « N’essayons pas de bâtir une amitié artificielle avec des dirigeants algériens qui utilisent systématiquement la France comme bouc émissaire pour masquer leurs propres défaillances et leur déficit de légitimité. Ils la refuseront toujours. Ils ont trop besoin de détourner l’attention de l’échec dans lequel ils ont plongé leur pays en accusant régulièrement la France de tous les maux. »
Il pointe également le fait que « ce tropisme nous éloigne du Maroc ». Ce qui est la stricte réalité. Dans son livre, Nicolas Sarkozy va plus loin à propos du royaume chérifien : « Le président Macron n’a pas toujours su trouver les mots ou les gestes que les Marocains attendaient. » C’est le moins que l’on puisse dire ! Et l’ancien locataire de l’Élysée de souligner avec lucidité que la « France devrait maintenant prendre clairement prendre position en faveur de la marocanité du Sahara occidental », ce qui ne semble malheureusement pas figurer à l’agenda diplomatique d’Emmanuel Macron.
Bien entendu, Nicolas Sarkozy peut encore agacer ses lecteurs. C’est le cas quand il continue de justifier l’intervention occidentale en Libye (« l’erreur est celle de mon successeur, qui a laissé tomber le dossier libyen »), alors qu’elle a déstabilisé la région, ou dresse un portrait flatteur du président brésilien Lula, « hôte chaleureux », alors qu’il s’agit d’un démagogue dont l’entourage est largement gangréné par la corruption.





