Géopolitique

Midterms épisode 3 : la guerre en Ukraine s’installe dans le débat

 Pour un Américain, l’Ukraine n’est pas, comme en France, la porte d’entrée du continent. Alors que peu d’entre eux savent placer le pays sur une carte, certains ne comprennent pas tout à fait pourquoi d’importantes aides sont versées au pays agressé par son voisin russe. 

Pourtant, durant plusieurs mois, tout s’était déroulé sans anicroche. La quasi-intégralité de la classe politique du pays avait soutenu l’envoi d’aides considérables à l’Ukraine. Alors que l’inflation y dépasse les 8%, ce soutien devient de plus polémique, comme le rapporte Le Figaro. Les élections cruciales des midterms étant prévues pour le 8 novembre, le sujet en devient d’autant plus important. 

Dans la classe politique, c’est surprenamment du côté des Démocrates que la contestation a émergé. Trente parlementaires du Groupe progressiste, l’aile gauche du parti, ont notamment dénoncé l’inflation, particulièrement sur l’essence, dont le prix a considérablement augmenté depuis huit mois. Parmi les signataires de la pétition présentée, la jeune Alexandra Ocasio-Cortez, icône politique des mouvements woke. 

Ce qui est indéniable, c’est l’importance des aides accordées. Elles se situeraient entre 17 et 40 milliards d’euros selon les estimations, très variables en la matière. Sont-elles compensées par l’explosion des ventes de pétrole et gaz de schiste américain à l’Europe ? Impossible de le savoir. 

Les élus démocrates rejoignent ainsi une importante minorité d’élus républicains pro-Trump qui s’opposent à ces aides depuis plus longtemps, par russophilie et par isolationnisme. Jugeant que l’OTAN est sans intérêt et que les États-Unis doivent se tourner vers leur guerre économique contre la Chine, ils sont notamment soutenus par l’historique animateur de Fox News, Tucker Carlson. Très influent au sein des électeurs Républicains, il distille toujours sans nuances ses idées auprès de son audimat, et se montre favorable à la Russie de Poutine. Un autre problème fait également surface pour certains analystes républicains : Joe Biden mettrait l’essentiel de ses échecs économiques sur le dos de la guerre en Ukraine. Selon un sondage du Pew Research Center, un Républicain sur trois trouve le soutien trop élevé. Sur l’ensemble des Américains, la proportion est de 20%, mais en constante augmentation au fil des mois. 

Le chef de file du parti à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy a affirmé mardi qu'il ne fallait pas donner de « chèque en blanc » à l'Ukraine, pointant le risque de récession que subit le pays. Côté Sénat, le chef de file McConnell a quant à lui publié un communiqué en faveur du soutien, dans lequel il affirme qu'il faut que l'aide à l'Ukraine soit fournie « plus vite et de façon proactive » et réitère une demande de « sanctions contre le Kremlin ». 

Mais même auprès de certaines personnalités favorables à l’Ukraine, la lassitude s’installe : les Etats-Unis pourront-ils indéfiniment soutenir Kiev ? Rien n’est moins sûr, bien que Washington se soit posé en défenseur du pays aux côtés de Londres, Paris et Ottawa. 

Les élections à venir pourraient ainsi avoir une incidence sur la suite du conflit alors que les sondages donnent les Républicains gagnants. Depuis 50 ans en effet, l'administration en place n'a jamais triomphé lors des scrutins de mi-mandat, sauf en 1998. À cette constante s'ajoute le taux d'inflation de 8,5% en 2022 qui déstabilise fortement le pouvoir. La ministre des Affaires Étrangères Catherine Colonna, en déplacement aux États-Unis fin octobre, a appelé à l'unité : « Il ne faut pas donner au Kremlin l'occasion de nous diviser ». Faisant du soutien à l'Ukraine un impératif géopolitique, elle a averti : « Si les actions de la Russie restent sans réponse, les guerres de conquête pourraient devenir la norme ». 
 
Quelques semaines plus tôt, le président de l’Ukraine Volodymyr Zelensky avait chiffré à 38 milliards de dollars le financement nécessaire à la reconstruction du pays. 

La rédaction d'OMERTA

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