Culture

Les sentiers de la droite italienne

 
Dans l’époque du réveil identitaire qu’est le XXIe siècle, la présidente de Fratelli d’Italia a choisi le camp du patriotisme, à droite. Dans Mon Itinéraire, elle décrit sa longue carrière politique qui se conclu -comme on le sait aujourd’hui- par une fulgurante ascension au pouvoir. Dans la banlieue précaire de Rome, Meloni voit se réveiller sa conscience politique aux côtés de sa sœur, au sein du Mouvement Social Italien. Mais ici, nulle mention de Mussolini ou du fascisme, seulement une communauté solidaire et amoureuse de l’Italie. Marquée par une histoire familiale difficile (son père l’a abandonnée très tôt), la jeune femme sera toujours « celle qui étudie le plus », la militante la plus assidue, et ce, dès ses quinze ans.

Le mouvement sera sa nouvelle famille. Elle y sera bientôt remarquée par son engagement et son leadership. Rapidement, elle deviendra élue romaine, avant de devenir députée du Latium à 29 ans, le début d’une foudroyante ascension. Très vite, Gianfranco Fini (ex-président du MSI) la propulsera vice-présidente de la Chambre des Députés, puis ministre de la Jeunesse deux ans plus tard. Rare femme dans un milieu italien macho, elle ne vivra pourtant pas la « discrimination », choisissant de travailler deux fois plus que les hommes pour être meilleure qu’eux. 

Après une longue traversée du désert entre 2012 et 2018, sa forte médiatisation la mènera finalement à multiplier ses scores électoraux par dix, pour finalement l’emporter cette année, en septembre 2022. 

Mon itinéraire, c’est à la fois une autobiographie et un manuel politique. Attaquant virulemment la gauche, Giorgia Meloni se révèle comme une femme authentiquement de droite, loin des compromissions faites par son allié Matteo Salvini qui s’était allié avec le M5S. La droite de Meloni, c’est une droite européenne, chrétienne et identitaire. Par Tolkien, Scruton et Almirante, elle s’inscrit tout à fait dans un conservatisme libéral somme toute classique, mais classé à l’extrême-droite par la sphère médiatique. Elle profite d’ailleurs de ce livre pour y combattre les accusations de racisme et d’antiféminisme qui pèsent sur elle. Le natalisme d’ailleurs, semble être l’un des points les plus saillants de la politique de Meloni qui, par le passé, s’était d’ailleurs élevée contre la « substitution ethnique » à laquelle fait aujourd’hui face l’Italie.

Par le récit de sa vie, Giorgia Meloni revient à ses racines, à son identité. Si son style littéraire est assez médiocre (un problème de traduction ?), Meloni parvient cependant à nous faire voyager à travers trente ans de vie politique italienne, mais pas seulement. Dressant son propre portrait psychologique, la dirigeante y est d’une étonnante franchise, bien que tous ses liens passés avec le fascisme y soient occultés. Elle qui n’était qu’une fille de divorcés, obèse, dans la banlieue romaine, se retrouve aujourd’hui à la tête du gouvernement de son pays. Une image qui rappelle ces deux jumeaux orphelins élevés par une louve, qui allaient bâtir le plus grand empire de l’Histoire.


 

 
Mon itinéraire, autobiographie d’une leader politique conservatrice de Giorgia Meloni Chora, 392 p., 19,90 €
 

Marguerite de Rubempré

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