Kadyrov, le cœur à la guerre

Date:

Tandis que l’armée russe continue de subir la contre-offensive ukrainienne dans la région de Kharkiv ( prise des villes d’Izioum et Lyman) et nouvellement dans la région de Kherson avec la perte de Doudtchany, le président Tchétchène Ramzan Kadyrov, incarne de plus en plus la frange radicale de la société russe qui critique les choix militaires de Vladimir Poutine jugés comme trop modérés. 

 
En effet, celui-ci, dans des déclarations pour le moins musclées, a lancé un appel à l’utilisation d’armes nucléaires de faible puissance, pour selon lui, arrêter de « jouer ». Parallèlement à cela, le chef tchéchène a envoyé trois de ses fils adolescents ( 14, 15 et 16 ans ) sur la ligne de front, expliquant que ceux-ci étaient depuis longtemps formés au combat militaire et au maniement des armes.
 
Ces déclarations diffèrent de la position habituelle du dirigeant, forçant Moscou à qualifier poliment « d’émotif » cet appel.
  
Dans les faits, Kadyrov et ses « kadyrovtsy » sont déployés depuis le début du conflit à travers des milliers de combattants, ceux-ci ayant obtenu plusieurs victoires du fait de leurs compétences dans le combat urbain comme dans les villes de Marioupol, Severodonetsk, Lisitchansk, comme constaté par nos journalistes sur place. 
 
Cependant, depuis la contre-offensive ukrainienne qui franchit de plus en plus les lignes russes, les guerriers de Kadyrov font état de défaillances au sein de l’armée russe causant la perte de villes et territoires du Donbass. 
 
A ce titre, le retrait de la ville de Lyman fut très mal digéré par le dirigeant Kadyrov et ses hommes. Le manque de communication et de munitions nécessaires ont entraîné la perte de la ville ainsi que des critiques à l’égard du colonel général Russe Alexandre Lapine (Cnews). A son sujet, le dirigeant tchéchène s’est exclamé de rage « Si cela ne tenait qu’à moi, je le rétrograderais, je le priverais de ses récompenses et je l’enverrais au front, avec une mitrailleuse à la main, afin qu’il lave sa honte au prix du sang ». Ramzane Kadyrov se place en cela dans une logique dépassant le cadre des « opérations spéciales » et appelle à la « déclaration de la loi martiale dans les zones frontalières ». 
 
Cependant, si les volontés d’accélération de l’intensité du conflit planent dans la bouche du dirigeant tchéchène, elles ne sont pas à interpréter en contradiction totale avec ce que déclare dernièrement le Kremlin. 
 
En cela, le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov ( bien que tempéré sur la réaction brutale du chef tchéchène et préférant selon ses mots une évaluation mesurée et objective de la situation ) rappelle d’une part, « la contribution héroïque » des tchéchènes dans la guerre en Ukraine, et d’autre part, la volonté d’annexion totale ( et non pas partiel ) des régions du sud de l’Ukraine. 
 
Enfin, ces derniers jours, la mobilisation de 300 000 réservistes, les référendums organisés dans les régions de Zaporijia, de Kherson, de Louhansk et de Donetsk, ainsi que les déclarations de Vladimir Poutine concernant le « précédent » posé par les américains en employant l’arme atomique au Japon en 1945, tempère l’interprétation des propos de Kadyrov comme en dissension totale avec ses frères d’armes du kremlin.

Inscription Newsletter

Derniers articles

spot_img