La RDC veut revoir les règles de son marché électrique. Avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD), le régulateur travaille sur les coûts du service, les tarifs et les conditions de raccordement au réseau. L’objectif est d’attirer les investissements nécessaires à l’électrification.
À Kinshasa, le déficit donne la mesure du problème. La capitale reçoit environ 600 mégawatts pour une demande estimée à 1 200 MW, selon Teddy Lwamba, directeur général de la Société nationale d’électricité (SNEL). « On produit peu, on consomme beaucoup plus », a-t-il déclaré le 1er octobre.
Le gouvernement congolais estime à 167 000 MW le potentiel hydroélectrique national, réparti sur 3 348 sites. Pourtant, environ 22,1 % de la population seulement a accès à l’électricité (avec un taux qui tombait à environ 1 % en zone rurale). Kinshasa veut porter ce taux à 62 % d’ici 2030, dans le cadre de son Pacte national de l’énergie lié à l’initiative Mission 300.
Mettre de l’ordre dans les tarifs
Le chantier est autant financier que réglementaire pour Kinshasa. Du 21 au 25 septembre, l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE) et la BAD ont réuni à Kinshasa les acteurs publics et privés du secteur. Trois outils ont été examinés : une étude du coût du service, une méthodologie tarifaire et un cadre réglementaire pour le raccordement au réseau.
L’étude distingue les coûts réellement liés au service et détermine les revenus nécessaires aux opérateurs. Les tarifs doivent financer la production, le transport et la distribution sans rendre l’électricité inaccessible aux ménages.
La réforme vise également les investisseurs. En clarifiant les conditions de raccordement, Kinshasa cherche à rendre plus prévisible l’arrivée de producteurs privés. Pour Callixte Kambanda, responsable de la division des politiques, de la régulation et des statistiques de l’énergie à la BAD, « une régulation économique efficace constitue une base essentielle pour attirer les investissements, renforcer la viabilité du secteur et améliorer la qualité des services électriques ».
Le défi sera désormais de passer des outils réglementaires à leur application. La RDC a déjà engagé plusieurs réformes et bénéficie de financements de la Banque mondiale et de la BAD. Mais les réseaux, les données sur la demande et la capacité financière des opérateurs conditionnent l’extension de l’accès.
Pour Soraya Aziz-Moto, « le défi n’est plus de réformer les lois ; c’est celui de l’exécution ». En RDC, la prochaine étape ne se jouera pas dans les textes. Elle devra se mesurer sur le terrain, par la capacité du système à attirer des capitaux, développer les réseaux et fournir davantage d’électricité.
Martin Alliot





