Immigration : l’Europe veut donner à Frontex les moyens d’accélérer les expulsions

Date:

La politique migratoire européenne poursuit son durcissement. Réunis samedi à Munich, des ministres de l’Intérieur européens ont discuté d’un élargissement substantiel des compétences de Frontex, l’agence chargée de la surveillance des frontières extérieures de l’Union, afin qu’elle puisse intervenir plus directement dans les expulsions.

Le ministre allemand Alexander Dobrindt réclame notamment que l’agence puisse intervenir beaucoup plus directement dans les expulsions et lors des crises migratoires majeures. Le responsable allemand souhaite créer une unité spéciale capable d’être déployée en vingt-quatre heures lorsqu’un État membre est confronté à une arrivée massive. La proposition est directement liée à la crise survenue cet été à Ceuta, lorsque des dizaines de milliers de migrants ont franchi la frontière de l’enclave espagnole en quelques heures.

Berlin veut également permettre à Frontex de participer davantage aux expulsions ordinaires et aux transferts vers des pays tiers. Cette orientation rejoint le projet défendu par l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Grèce et les Pays-Bas de créer des centres de retour en dehors de l’Union européenne. Ces États espèrent pouvoir commencer à y transférer des migrants en situation irrégulière dès 2027.

Le droit européen ouvre désormais explicitement cette possibilité. Les pays membres peuvent conclure des accords avec des États extérieurs à l’Union afin d’y installer des structures accueillant des personnes déboutées de l’asile qui ne peuvent pas être immédiatement renvoyées dans leur pays d’origine. Plusieurs questions demeurent cependant sur la responsabilité juridique de ces centres et les conditions de séjour des personnes transférées.

Une autre proposition provoque davantage de controverses : la possibilité d’assouplir temporairement certaines procédures d’asile lors de crises migratoires exceptionnelles. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés avertit qu’un mécanisme trop large pourrait entrer en conflit avec le principe de non-refoulement, tandis que la Commission assure que toute mesure resterait limitée et soumise au respect des droits fondamentaux.

Après plusieurs années de divisions entre États membres, une tendance se dessine néanmoins clairement. Une partie croissante des gouvernements européens veut désormais concentrer davantage de moyens sur la protection des frontières et l’exécution effective des décisions d’éloignement. Le débat porte moins sur l’existence de ce changement de cap que sur les limites juridiques et opérationnelles qu’il rencontrera.

Inscription Newsletter

Derniers articles

spot_img