Iran : la première guerre des BRICS ?

Date:

En déclarant la guerre à l’Iran, Donald Trump est-il en train d’offrir à l’entité géopolitique qui conteste le plus l’hégémonie américaine une raison d’être ? Laissons un instant le champ de bataille de côté et intéressons-nous aux conséquences économiques et financières du conflit.

Si celui-ci avait conduit au bout de quelques jours à l’effondrement du régime iranien, Trump et à sa suite Netanyahou auraient conforté la place des USA comme gendarme numéro un des affaires du monde, Israël faisant figure de tête de pont de l’Occident face à un monde arabo-musulman instable. La guerre étant entrée dans sa quatrième semaine, le blocus du détroit d’Ormuz est venu refroidir les marchés, provoquant des crises en cascade sans qu’on puisse encore en imaginer la fin.

Parmi elles, le simple fait que les Gardiens de la révolution imposent une taxe de 2 millions de dollars au passage des tankers dans le détroit, payable en yuan, est en soi un affront inédit à la « pax americana » dans le monde. Toucher au dollar, c’est s’attaquer à la base de la puissance américaine. Trump en est parfaitement conscient. Détruire les pétromonarchies ou simplement menacer leur devenir comme l’a fait l’Iran va dans le même sens. Washington n’est-il pas censé les protéger ? Doha, Abou Dhabi, Dubaï, Manama et Mascate ne paient-ils pas assez pour ça ?

Donald Trump agissant souvent en shérif, ce qui cadre très bien avec la culture de ses électeurs – moins avec celle du reste du monde –, il n’est pas inconsidéré d’emprunter à l’histoire du Far West la métaphore de la cavalerie. Celle-ci veut que lorsque l’Indien se révolte, tue et pille le pionnier et sa famille, la cavalerie arrive en général à la fin pour mettre l’Indien en fuite et rétablir l’ordre et la morale. Mais avec l’Iran, la cavalerie, disons les Marines et la 82ᵉ division aéroportée dont on annonce en fanfare les déploiements pour un « coup final » qui ne saurait tarder, il existe des doutes quant à l’efficacité de l’usage de la force massive et des soldats au sol.

Et c’est là que l’asymétrie de ce conflit joue en faveur de l’Iran. Le temps est devenu en effet une variable avantageuse pour le plus faible. Plus le conflit durera, plus le chaos sera grand. Poutine et Xi Jinping regardent l’affaire se dérouler en vieux briscards du temps long. Ils savent que Trump est un impatient et que face à un adversaire comme l’Iran, il faut savoir réfléchir avant d’agir. Peut-être est-ce même déjà trop tard.

En tout cas, pour ces deux puissances, comme pour les autres acteurs du monde des BRICS, la guerre d’Iran risque d’affaiblir durablement la position américaine. En premier lieu auprès des puissances du Golfe. Comment pourraient-elles aujourd’hui investir quelques 3000 milliards de dollars dans l’économie américaine quand Washington avec ses bases sur leur sol aura laissé l’Iran les ravager ? Le caractère protecteur des alliances avec l’Amérique en aura pris un sacré coup.

Cessez-le-feu ou pas, guerre ou paix, la place de l’Amérique ne sera plus jamais la même. L’Europe, humiliée régulièrement par Trump, aura peut-être enfin compris qu’elle doit cesser de considérer l’Oncle Sam comme son grand frère et vivre sa vie d’adulte en recherchant ses intérêts et ceux des pays qui la composent.

Le mot de la fin revient sans aucun doute au vieux crocodile de la diplomatie américaine, Henry Kissinger, qui disait autrefois : « Être un ennemi des États-Unis est dangereux, mais être son ami est fatal ».

Voir aussi : Une crise énergétique mondiale ?

Inscription Newsletter

Derniers articles

spot_img