Les dossiers Epstein servent ou desservent-ils Donald Trump ?

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Nous sommes au milieu des années 80. Donald Trump et Jeffrey Epstein partagent le fait de vivre à New York et d’avoir des résidences secondaires en Floride. Ils fréquentaient les mêmes cercles. L’un magnat de l’immobilier, l’autre golden boy de la finance. C’était une époque de faste.

Trump misait, dépensait, construisait. Il faillit se retrouver au bord de la faillite au moins deux fois. Epstein appartenait à ces clubs de financiers outranciers qu’on trouve grimés à merveille sous les traits de Christian Bale, alias Patrick Bateman, dans le roman de Bret Easton Ellis « American Psycho » et le film qui en est tiré, et qui se donnaient des airs de figurer au sommet du monde. De simple professeur de mathématique, Epstein avait gravi les échelons de Wall Street en un rien de temps. Il ne tarda pas à mettre à profit sa fortune au service de ses pulsions les plus sordides. Trump l’a-t-il su à l’époque ? Rien ne l’indique.

Epstein présentait toute la gamme des célébrations, du rendez-vous d’affaires aux séances de viol impliquant des mineurs, en passant par des fêtes somptueuses où les femmes étaient nombreuses, jeunes, parfois très jeunes. Trump était de ces fêtes-là. Certaines photos dérangeantes en attestent. Mais, si le milliardaire de l’immobilier a bien accompagné Epstein à bord de son jet à au moins sept reprises ces années-là, ce ne fut que lors de vols New York-Miami et non pas des excursions sur fond d’orgies de mineures dans l’île maudite d’Epstein.

C’est d’ailleurs la ligne principale de défense de Trump : je n’ai jamais été dans l’île d’Epstein. De plus, si les deux ont été bons amis, leur relation se dégrade dès 2004. En 2007, Trump chasse Epstein de Mar a Lago, sa propriété située à seulement trois kilomètres de celle d’Epstein à Palm Beach. Apparemment, l’origine de la rupture se situerait dans l’agression dont aurait été victime une jeune fille du club auquel les deux hommes appartenaient. Il faut dire que Trump a des raisons d’être méfiant. Epstein a été condamné pour sollicitation de mineurs en 2006 et placé deux ans plus tard sur le fichier des délinquants sexuels.

Cette première condamnation a été le résultat d’une procédure sur plusieurs années, où les premiers enquêteurs ont été menacés par des autorités à la botte du milliardaire. Car Epstein arrose tout le monde. S’il viole des filles, s’il les réduit en esclavage, avec la complicité de sa compagne Ghislaine Maxwell, ils les payent en retour au point que certaines décrivent au-delà des sévices une atmosphère presque familiale à Palm Beach. Il paye aussi les policiers du comté, le juge. Sans l’intervention du FBI et de quelques magistrats courageux, les plaintes déposées par des victimes auraient été classées.

C’est à Palm Beach véritablement que le pédophile a bâti la structure de son organisation du vice. Il cible des filles pauvres à qui il demande de ramener avec elles d’autres filles. En tout, plus de 1000 filles auraient été concernées dans les années 90. Epstein utilise en revanche son appartement de New York pour approcher les milieux d’affaires. Comme il le fera au début des années 2000 en achetant le fameux appartement du 22 avenue Foch à Paris. Lorsque Jeffrey Epstein est arrêté en 2019 à New York, c’est à la sortie d’un vol qui arrive de Paris.

L’appartement avenue Foch, il l’a acquis dans le but stratégique d’y recevoir des hommes d’affaires moyen-orientaux ou russes pour ses affaires. Pour le gérer, le milliardaire peut compter sur son fidèle Valdson, un Brésilien naturalisé français qui lui sert de majordome depuis plus de dix-huit ans. Valdson sera le dernier à accompagner Epstein au Bourget avant son arrestation à New York et sa mort en prison un mois plus tard. Parmi tous ses lieux de résidence, Jeffrey Epstein a un faible pour Paris. La mère de sa compagne Ghislaine Maxwell et rabatteuse du réseau de jeunes filles est française. Le couple aimait flâner dans les rues de la capitale. Mais ce n’est pas tout.

En France, Jeffrey Epstein avait un autre rabatteur, en la personne de l’ancien agent français de mannequins Jean-Luc Brunel. Accusé par plusieurs top-modèles, Jean-Luc Brunel a été mis en examen en juin 2021 pour « viol sur mineur de plus de 15 ans ». Aux États-Unis, dans l’affaire Epstein, Jean-Jacques Brunel sera accusé par au moins deux femmes d’avoir joué le rôle de rabatteur, amenant aux États-Unis des « jeunes filles » venues de milieux modestes en leur faisant miroiter l’espoir de travailler dans le mannequinat. Que ces mêmes jeunes filles soient mineures ou pas, peu lui importait. Qui se ressemble s’assemble. Jeffrey Epstein et Jean-Luc Brunel utilisaient les mêmes méthodes de recrutement. Ainsi, une des victimes d’Epstein, Virginia Roberts Giuffre, dit se souvenir avoir rencontré trois jeunes filles de 12 ans que Jeffrey Epstein aurait fait venir par avion pour son anniversaire, par l’intermédiaire de Jean-Luc Brunel. Jean-Luc Brunel finira par se suicider dans sa cellule à la prison de la Santé. Comme Epstein…

Et Donald Trump dans tout cela ? On l’a dit. Il a rompu avec Epstein définitivement en 2007. Cela l’exonère quelque peu de la trace de boue qu’Epstein semble laisser sur toutes les personnes qu’il fréquente. Surtout, on l’a dit aussi, il assure n’être jamais allé sur l’île. L’île, c’est la quintessence du piège Epstein. Quiconque s’y rend se voit associé à la perversité de l’individu. Dès lors, comme on dit, Epstein a des dossiers. Certains courriels publiés montrent parfaitement qu’il savait faire chanter ceux qui s’étaient laissés aller à se rendre chez lui. Bill Gates, Bill Clinton, dont Epstein dit dans un courriel qu’il aimait les filles jeunes, Michael Jackson, le magicien David Copperfield, Stephen Hawking ou encore le coiffeur des stars Frédéric Fekkai. Le prince Andrews aussi est évidemment de la partie. Dans les documents publiés, il apparaît à quatre reprises en compagnie de filles qu’on devine très jeunes derrière les bandeaux noirs apposés sur les photos.

Revenons à l’appartement avenue Foch. Si en effet Jeffrey Epstein y recevait des hommes d’affaires, il lui arrivait de prêter son domicile parisien pour des échanges d’une toute autre nature, en attirant chez lui des personnalités britanniques par exemple. Ainsi, parmi les documents rendus publics par la justice américaine, on découvre Lord Mandelson en slip et T-shirt avec un iPad à la main qu’il montre à une jeune fille en peignoir dans le salon de l’appartement parisien d’Epstein. Mandelson a occupé entre janvier et juin 2025 le poste d’ambassadeur britannique à Washington. Aussitôt après les révélations, il a annoncé qu’il quittait son siège à la Chambre des lords. Et ce pas uniquement à cause de la photo fâcheuse d’ailleurs. Car, comme souvent avec Epstein, affaires et plaisir ne sont jamais éloignés. Ainsi, alors que Peter Mandelson était ministre du Commerce dans le gouvernement de Gordon Brown, il aurait fait fuiter à Epstein des courriels adressés au Premier ministre. Le Financial Times affirme qu’à un autre moment, il aurait suggéré à Jeffrey Epstein de demander au patron de J.P. Morgan de « menacer légèrement » le ministre des Finances britannique, le tout moyennant de grasses rémunérations. Cette révélation va aboutir à la démission hier du chef de cabinet de Keir Starmer, accusé d’avoir suggéré le nom de Mandelson pour le poste d’ambassadeur britannique à Washington tout en ayant connaissance de ces faits.

La mise à disposition du public du dossier Epstein et de quelques trois millions de documents ne s’est pas faite d’un seul coup. Donald Trump avait fait de cette divulgation, comme du dossier Kennedy, une promesse de campagne, accusant ouvertement les démocrates de ne pas l’avoir fait car ils avaient des choses à se reprocher. Une fois élu cependant, on peut penser qu’en ayant connaissance du contenu des documents, Trump a hésité. Y figurant plusieurs milliers de fois, ne risquait-il pas d’être associé au pédo-criminel ? Le premier à exiger de Trump que ces documents soient rendus publics, c’est Elon Musk (lui-même cité dans les documents). Ce point est d’ailleurs à l’origine de leur dispute. « Il est temps de lâcher la grosse bombe : (Trump) est dans les dossiers Epstein », avait posté jeudi l’entrepreneur sur son réseau social X, au moment où ses désaccords avec le républicain dégénéraient en violente prise de bec publique. « C’est la véritable raison pour laquelle ils n’ont pas été rendus publics », avait-il poursuivi, souhaitant sur un ton ironique et acerbe une « bonne journée » au président. La Maison Blanche avait regretté qu’il tienne ces propos, Trump l’accusant d’avoir « perdu les pédales ».

Pourtant quand on y réfléchit bien, les deux hommes se sont réconciliés depuis. On les a vus récemment à un mariage ensemble. La base MAGA de Trump a elle aussi protesté du retard à la publication des documents. En donnant son accord pour leur publication vendredi dernier par le ministère de la Justice aussi, américain, Donald Trump fait le pari que ces documents feront plus de mal à ses adversaires qu’à lui-même. Et Elon Musk aussi, qui dès le premier jour de la publication s’est exprimé pour expliquer qu’il avait toujours refusé les sollicitations d’Epstein. On peut se demander si les deux hommes n’étaient pas complices dès le départ. Musk mettant la pression pour la publication. Trump feignant l’hésitation pour préparer une défense en béton. Pour enfin autoriser la publication. Avec cet étalage de grands de ce monde figurant dans les combines d’Epstein, pour des affaires visant le pouvoir ou l’enrichissement sans nécessairement visiter l’île maudite ou se livrer à des passions pédophiles, on peut faire le constat que nombre d’élites se caractérisent par leur capacité à se compromettre. Tout le monde a pu voir qu’il existe pour de vrai une élite transfrontalière dont les perversions et les magouilles se font dans le dos des peuples, avec un rapport plus que lointain avec la démocratie. À ce titre, le dossier Epstein n’est pas qu’une affaire de mœurs. Il est aussi hélas le reflet de ceux qui nous gouvernent.

À noter enfin qu’il reste environ deux millions et demi de documents qui ne sont pas encore sortis. Trump peut laisser les personnalités citées se construire une défense et ensuite publier d’autres documents qui viendront la fragiliser. Il est clair qu’il possède entre les mains une arme redoutable. 80% des individus visés lui étaient hostiles, une bonne partie appartenant à une sphère démocrate globaliste.

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