Zelensky, dernier obstacle au reset américano-russe

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Donald Trump réclame un nouveau président pour l’Ukraine et lève jusqu’en avril 2027 les sanctions américaines sur le diesel russe. Pour Régis Le Sommier, rien de surprenant : Washington poursuit ce qui s’est engagé à Anchorage et Volodymyr Zelensky, soutenu par des Européens qui jouent les gros bras, est devenu l’homme de trop.

Donald Trump ne s’est pas embarrassé de nuances samedi, devant la presse : « Je pense qu’il est temps pour l’Ukraine d’avoir un nouveau président. » Volodymyr Zelensky, selon lui, aurait pu conclure bien des accords, « mais pour une raison quelconque, il ne le fait jamais ». La veille, après une heure et demie au téléphone avec Vladimir Poutine, il annonçait 300 000 tonnes de diesel russe livrées immédiatement, 500 000 en novembre, un million ensuite, et le Trésor suspendait dans la foulée ses sanctions sur ce diesel jusqu’au 7 avril 2027. Cadeau au Kremlin, disent les uns. Réflexe électoral d’un président qui affronte les élections de mi-mandat dans trois semaines avec un gazole hors de prix, disent les autres. Les deux sont vrais, et ni l’un ni l’autre ne suffit.

Anchorage, suite

Depuis son sommet avec Vladimir Poutine en août 2025, Donald Trump n’a pas changé de cap. Anchorage avait ouvert des perspectives d’affaires considérables entre les deux pays, et les signaux n’ont cessé de s’accumuler. Fin août, la visite à Moscou de John Ratcliffe, le patron de la CIA, avait été lue comme un avertissement adressé aux Russes. On voit aujourd’hui ce qu’il en était. Quelques jours plus tard, les ministres des Finances du G20 réunis à Asheville découvraient à leur table Anton Silouanov, le ministre russe, en tête-à-tête avec Scott Bessent, le secrétaire au Trésor.

Trump veut un reset avec la Russie, il l’a dit. Poutine n’y est pas hostile. Entre les deux, une seule chose : la guerre en Ukraine. Les Européens font les empêcheurs de tourner en rond, et Zelensky, qui joue désormais sa propre partition, s’accroche. Il s’accroche aussi parce qu’il défend son mandat. Ce mandat a expiré en mai 2024, et ce ne sont pas seulement les Américains qui le rappellent. En août, Mykhaïlo Fedorov, que Zelensky venait de chasser du ministère de la Défense, a demandé publiquement des élections, guerre ou pas. Le président lui a répondu que le pays se fracturerait. Son ancienne porte-parole, Ioulia Mendel, dit la même chose à sa manière : Zelensky est devenu un obstacle.

Ce que dit Kushner

On ne peut pas accuser Donald Trump d’avoir négligé le dossier. Il avait promis de le régler en vingt-quatre heures et s’y est mis dès le premier jour, avec Steve Witkoff et Jared Kushner. Witkoff, promoteur immobilier, ne parle pas russe et ne connaissait rien à la région. Au début, il butait sur le nom des quatre oblasts. Mais il a la confiance du président. Kushner, lui, vient de dire à un journaliste américain que la guerre aurait pu s’arrêter il y a un an si l’Ukraine avait lâché le Donbass. Qu’on ne me parle pas d’argument prorusse. C’est celui du gendre de Trump.

Le plan américain en 28 points, puis le contre-plan européen, n’ont rien donné, et Zelensky y est pour beaucoup, avec son refus de céder Sloviansk et Kramatorsk. Sur ce point précis, je le comprends. Ces deux villes sont la dernière ligne. Si elles tombent, plus rien n’arrête les Russes jusqu’au Dniepr, et l’Ukraine bascule dans leur orbite. Quant aux garanties de sécurité, cette sorte d’article 5 de l’OTAN sans l’OTAN que les Américains devaient garantir, plus personne n’en parle.

Quarante jours

On reproche à Trump de dire à Kiev d’épargner les raffineries russes tout en lui fournissant de quoi les frapper. Vendredi, à Miami, ses émissaires ont tranché. En pleine réunion avec la délégation ukrainienne, au moment où le diesel est venu sur la table, Witkoff et Kushner ont annoncé la fin du renseignement, de Starlink, de tout.

Si Zelensky frappe malgré les avertissements, c’est qu’il s’en croit capable depuis la campagne des quarante jours. Mis en confiance par des Européens qui arrosent l’Ukraine d’aide, la France en tête, il a lancé 1 600 drones sur la Russie en une nuit, dont 400 sur la région de Moscou. L’Ukraine seule n’en a pas les moyens. Il se donnait quarante jours pour ramener Poutine à la table. Résultat : les Russes ont redoublé sur les infrastructures ukrainiennes et détruit une bonne partie des centrales électriques. Leurs raffineries souffrent, l’Ukraine entre dans l’hiver à genoux. Combien de temps Zelensky peut-il tenir ce rythme ? Les sondages du pouvoir assurent que les Ukrainiens veulent continuer. On sait comment on fabrique ces sondages. Sur place, la lassitude est partout, et Marco Rubio a trouvé le mot juste : impasse.

Décembre à Miami

Militairement, l’issue ne fait plus de doute, et Trump lui-même l’a laissé entendre. Le vrai rendez-vous, c’est le G20 de Miami, les 14 et 15 décembre, si Poutine s’y rend. Il est invité, il était venu à Anchorage, et l’accord sur le diesel lui facilite le voyage.

L’accord en lui-même ne pèse pas lourd : les premières livraisons couvrent à peu près une journée de consommation américaine. L’important, c’est la levée des sanctions jusqu’en avril 2027, en pleine contradiction avec la ligne européenne. Bruxelles promet un paquet de sanctions plus lourd que jamais, et il est vrai que les sanctions européennes mordent davantage sur la Russie que les américaines. Mais le symbole est là : nous avons changé de phase. Ioulia Mendel écrivait dimanche sur X que les relations entre Kiev et Washington n’avaient jamais été aussi mauvaises depuis 1991.

Le M51 ne fera pas la paix

Il faut le dire et le redire : on ne fait pas la guerre à une puissance nucléaire quand on en est une. Au bout, il n’y a plus de planète. On me répond que les Russes n’ont pas appuyé sur le bouton en 1991. Mais 1991, c’était l’effondrement d’un système, la fin de soixante-dix ans de communisme, et l’Ukraine faisait partie de l’ensemble qui s’écroulait. Rien à voir avec une Russie qui se sentirait acculée. Rubio lui-même l’admet : laisser ce conflit s’étendre à l’échelle régionale est extrêmement dangereux.

Alors à quoi riment nos postures ? Nous avons de très beaux missiles, le M51 en tête, mais fallait-il qu’Emmanuel Macron aille lui-même, le 6 octobre, assister au tir d’essai du M51.3 depuis un sous-marin ? Fallait-il que le général Mandon, chef d’état-major des armées, nous explique qu’il faut « accepter de perdre ses enfants » ? Les Français n’ont pas besoin qu’on leur en rajoute. Ils sont assez inquiets comme ça.

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