Ousmane Sonko a décidé de reprendre l’initiative politique au sein de son parti. Le Premier ministre et président du Pastef a diffusé de nouvelles directives internes appelant l’ensemble des structures à une mobilisation massive sur le terrain, avec pour objectif affiché de renforcer l’ancrage populaire du mouvement et de reprendre le contrôle de l’appareil militant. Une séquence qui intervient alors que les tensions entre les deux têtes de l’exécutif sénégalais deviennent de plus en plus visibles.
Derrière le vocabulaire officiel d’« engagement citoyen » et de « transformation nationale », la manœuvre est d’abord politique. Sonko entend rappeler qu’il demeure le centre de gravité du Pastef, au moment où le président Bassirou Diomaye Faye s’emploie à structurer une coalition distincte autour de sa propre figure. Sans rupture déclarée, la coexistence au sommet du pouvoir laisse apparaître des lignes de fracture stratégiques de plus en plus nettes.
Le chef du gouvernement insiste sur une conception du Pastef qui dépasse le simple rôle d’un parti de gouvernement. Il veut en faire un mouvement de terrain, actif au quotidien, présent dans les quartiers, les villages et la diaspora. Actions sociales, initiatives locales, pédagogie politique : l’objectif est de maintenir un lien direct avec les citoyens, loin des compromis institutionnels et des équilibres technocratiques imposés par l’exercice du pouvoir.
Cette orientation renvoie à l’ADN originel du Pastef, construit comme une force de contestation du système politique sénégalais traditionnel. En ravivant cette dimension militante, Sonko s’adresse prioritairement à sa base historique, tout en marquant une différence claire avec la posture plus présidentielle et consensuelle adoptée par Bassirou Diomaye Faye depuis son élection.
L’objectif de recenser un million de militants actifs d’ici fin 2026 constitue un signal fort. Au-delà du chiffre, il s’agit d’une démonstration de capacité organisationnelle et d’un rappel de la centralité du parti dans le rapport de force politique national. La relance des cartes de membre, la constitution d’une base de données militante et la multiplication des cellules locales visent à transformer le Pastef en machine électorale disciplinée, en vue notamment des élections locales de 2027.
Cette offensive intervient alors que la présidence cherche parallèlement à élargir son socle politique par des ralliements d’élus locaux et de notables, au sein de la coalition « Diomaye Président ». Deux dynamiques concurrentes se déploient ainsi à partir du même pouvoir, l’une misant sur l’élargissement institutionnel, l’autre sur la fidélité idéologique et la mobilisation populaire.
Officiellement, aucune confrontation n’est assumée. Mais en rappelant aux élus leur obligation de présence sur le terrain et en renforçant les mécanismes internes de contrôle, Ousmane Sonko prépare clairement le Pastef à une phase d’incertitude politique. Dans un pays confronté à de fortes attentes sociales et à des fragilités économiques persistantes, la cohésion du pouvoir reste précaire. Sur le terrain des bases militantes et de la légitimité populaire, le Premier ministre vient toutefois de marquer un point décisif.





