Roumanie : l’homme qui allait gagné l’élection est en prison

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Imaginez qu’un homme se présente à l’élection présidentielle d’un pays européen. Il arrive largement en tête du premier tour, avec de sérieuses chances de l’emporter au second. Deux jours avant ce second tour, le scrutin est annulé, purement et simplement, au nom d’une ingérence dont personne ne présente la moindre preuve. Une nouvelle élection est organisée et, cette fois, on lui interdit de s’y présenter. Et aujourd’hui, cet homme est derrière les barreaux.

Vous l’avez reconnu : il s’agit de Călin Georgescu, et le pays en question est la Roumanie.

Rappelons les faits. Le 24 novembre 2024, ce candidat que personne n’attendait, quasi inconnu quelques semaines plus tôt, arrive en tête du premier tour avec 23 % des suffrages. Moins de deux semaines plus tard, la Cour constitutionnelle annule le scrutin. Raison officielle : une manipulation de TikTok par des comptes prorusses en sa faveur. Une nouvelle élection est fixée au mois de mai 2025, et Georgescu, comme une autre candidate, se voit interdire d’y concourir. Il se retire au profit de George Simion, le chef du parti AUR, qui perdra le second tour face à Nicușor Dan. Depuis, les procédures s’enchaînent : six chefs de poursuite, un contrôle judiciaire, puis, fin septembre, un placement en détention provisoire décidé par la Cour d’appel de Bucarest. Il ne s’agit plus de la Russie ni de TikTok, mais d’une affaire d’escroquerie. On me permettra de trouver l’enchaînement troublant. Le 13 octobre, un tribunal a consenti à transformer cette détention en assignation à résidence, une décision que le parquet peut encore contester.

Alors évidemment, on peut se poser des questions. Pourquoi, dans un pays de l’Union européenne, assiste-t-on à une telle manipulation de la démocratie ? Quelles ont été les forces en présence ? Qu’est-ce qui a pu motiver ce pays, et surtout quelles influences européennes ont rendu possibles l’annulation de ces élections, puis cette succession d’événements qui conduit un homme arrivé en tête d’un scrutin présidentiel au fond d’une cellule ?

Chez OMERTA, nous avons enquêté. Nous nous étions rendus en Roumanie entre l’élection annulée et la nouvelle élection, pour comprendre comment un pays membre de l’Union avait pu voir, en six mois, son processus électoral bouleversé par l’intervention des juges de la Cour constitutionnelle. Nous avons rencontré sur place les acteurs de ce psychodrame roumain, à commencer par George Simion, mais aussi les sénateurs de l’AUR, dans les bureaux qu’ils occupent au Parlement, c’est-à-dire dans l’ancien palais de Ceaușescu, le plus grand bâtiment civil du monde, dont la construction avait coûté l’équivalent d’une année de PIB de la Roumanie.

Nous y avons croisé Ana-Maria Gavrilă, qui dirige la branche jeunesse de l’AUR. Devant notre micro, elle se disait choquée par l’interdiction faite à Marine Le Pen de se présenter en France, mais pas surprise : la Roumanie, nous expliquait-elle, sert de laboratoire pour tout le reste de l’Europe, et ce qui s’y passe finit par arriver ailleurs. Ce que nous avons constaté aussi, c’est l’omniprésence de Donald Trump et des Américains dans ce pays, jusque sur les affiches géantes aux abords du Parlement. Beaucoup de nos interlocuteurs situent l’émergence du conservatisme roumain dans la période du Covid et suivent à la lettre les décisions du président américain.

Pour remettre dans son contexte une actualité proprement hallucinante, nous avons décidé de rediffuser une partie de ce documentaire. Les dix premières minutes sont visibles gratuitement sur notre chaîne YouTube. Si le sujet vous intéresse, abonnez-vous à l’application OMERTA pour voir l’ensemble des 52 minutes de l’enquête. Ça vaut le coup d’y jeter un œil.

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