La charge est venue du député RN de la Somme Jean-Philippe Tanguy sur les ondes d’Europe 1 : « J’alerte ceux qui nous écoutent. Bruno Retailleau, a toujours trahi, dans ses actes, ses familles politiques. Il a toujours été planqué dans les moments difficiles politiquement. » Bruno Retailleau, jusqu’alors président du groupe LR au Sénat, est enfin devenu ministre à 63 ans : il détient désormais les clefs du puissant ministère de l’Intérieur où il succède à Gérald Darmanin.
Clémenceau comme modèle
Lors de la passation de pouvoirs entre les deux hommes, place Beauvau, Bruno Retailleau s’est revendiqué de l’héritage d’un « bleu » de Vendée, le républicain radical-socialiste Georges Clémenceau, fossoyeur de la double-monarchie austro-hongroise. Pourtant, il a bien fêtait biberonné à la politique par un « blanc » de Vendée, Philippe de Villiers, le créateur génial du Puy-du-Fou et de Radio-Alouette. Retailleau a été cascadeur, à cheval pour les premiers spectacles du Puy-du-Fou, au début des années 1980.
En 1988, il est élu conseiller général du canton de Mortagne-sur-Sèvre. Il siégera sans discontinuer au sein du Conseil général du département de la Vendée jusqu’en 2015. En 1994, il est élu député de la Vendée sous l’étiquette du Mouvement pour la France (MPF) que vient de lancer Philippe de Villiers dans la foulée de son départ du Parti républicain et de son combat contre la ratification du Traité de Maastricht en 1992. Après dix années à l’Assemblée nationale, il entre au Sénat en 2004 et y siège donc depuis vingt ans.
De Villiers à Fillon
Après Philippe de Villiers, le deuxième homme politique comptera sera, à partir de 1998, François Fillon. En 2009, Premier ministre, ce dernier lui propose d’intégrer son gouvernement comme secrétaire d’État en charge du numérique. Cela provoque la fureur de Philippe de Villiers, alors concentré sur les élections européennes. C’est donc contre la volonté de Villiers qu’il s’empare de la présidence du conseil départemental de la Vendée en 2010, après la démission du créateur du Puy-du-Fou. La rupture est dès lors consommée entre les deux hommes. Bruno Retailleau rejoint alors l’UMP puis les LR en 2015.
Démissionnaire du conseil départemental en 2015, notre homme devient l’année suivante président du Conseil régional des Pays-de-Loire. Touché par le cumul des mandats, il démissionne de ce dernier poste l’année suivante. Il est remplacé dans cette dernière fonction par sa dauphine, Christelle Morançais, qui n’aura ensuite de cesse que de donner des gages à la macronie pour finalement rejoindre le parti d’Édouard Philippe. Jolie casting !
Entrer à tout prix au gouvernement
En 2016-2017, persuadé d’entrer enfin au gouvernement si François Fillon est élu Président de la République, Bruno Retailleau le soutiendra jusqu’au bout avant de se barricader politiquement au Sénat où il est élu à la présidence du groupe LR face à Roger Karoutchi. En 2022 Bruno Retailleau affronte sans succès Éric Ciotti au second tour de la primaire de la droite et du centre.
Au Sénat, il passe pour un travailleur infatigable, mangeant du poisson et buvant de l’eau. Mais aussi pour un remarquable manœuvrier capable de sacrifier ses propres troupes politique sur le terrain si cela lui est utile au sein du groupe sénatorial qu’il préside et qui représente toutes les sensibilités de la droite.





