La RDC cherche sa place dans les circuits financiers africains

Date:

À Nairobi, la Banque centrale du Congo a rejoint le système panafricain de paiement PAPSS et avancé sur la coopération monétaire avec l’Afrique de l’Est. Pour Kinshasa, l’enjeu est désormais de transformer ces accords en échanges financiers réellement plus simples et moins coûteux.

La République démocratique du Congo veut rapprocher son système financier de ses voisins africains. Réunie à Nairobi du 13 au 18 septembre à l’occasion des travaux de l’Association des banques centrales africaines (ABCA), la Banque centrale du Congo (BCC) a multiplié les initiatives en ce sens : adhésion au système panafricain de paiement PAPSS, coopération avec les banques centrales de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et échanges sur la transformation numérique des banques centrales.

Le mouvement est particulièrement visible avec le PAPSS. Le 18 septembre, le gouverneur de la BCC, André Wameso Nkualoloki, a signé à Nairobi l’accord d’adhésion au système, développé avec le soutien d’Afreximbank dans le cadre de la Zone de libre–échange continentale africaine. L’objectif affiché est de permettre des paiements transfrontaliers plus rapides et moins coûteux, en facilitant notamment les règlements en monnaies africaines. La BCC souligne également l’enjeu de la traçabilité des flux et de l’interconnexion de son système national avec les infrastructures régionales et continentales.

Sortir des circuits traditionnels

Pour Kinshasa, cette évolution répond à un problème très concret. Les paiements entre pays africains restent souvent dépendants des banques correspondantes, des conversions successives de devises et de circuits financiers internationaux. Dans son rapport annuel 2024, la BCC constatait elle–même que la participation de la RDC aux systèmes de paiement régionaux restait limitée, les établissements financiers privilégiant encore les messageries financières et les relations de correspondance bancaire.

L’adhésion au PAPSS ne suffit donc pas, à elle seule, à transformer les pratiques. Elle constitue une infrastructure supplémentaire ; son efficacité dépendra de son adoption par les banques commerciales et les autres acteurs financiers congolais, ainsi que de l’existence de contreparties effectivement connectées dans les pays partenaires.

Le système panafricain, lancé en 2022, cherche précisément à résoudre cette fragmentation. En juillet 2026, après l’adhésion de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), PAPSS indiquait être connecté à 28 pays africains, à plus de 190 banques et fintechs et à 16 plateformes de paiement. Son réseau élargi devait également permettre d’atteindre plus de 250 institutions financières supplémentaires.

Pour la RDC, l’enjeu est particulièrement important dans ses relations avec l’Afrique de l’Est. Kinshasa a rejoint l’EAC en 2022 et cherche depuis à renforcer ses connexions économiques avec le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie et les autres membres de l’organisation.

À Nairobi, la BCC a également signé un mémorandum portant sur la convertibilité des monnaies et le rapatriement des devises au sein de l’EAC. Le dispositif vise à faciliter les transactions transfrontalières, à réduire leurs coûts et leurs délais et à améliorer la traçabilité des flux financiers.

Un contexte monétaire plus favorable

Cette offensive régionale intervient dans un contexte macroéconomique plus favorable pour la RDC. Selon la Banque centrale du Congo, l’inflation annuelle est retombée à 2,27 % fin 2025, contre 11,69 % un an plus tôt. À fin juin 2026, les réserves internationales s’élevaient par ailleurs à 8,18 milliards de dollars, soit l’équivalent de 3,12 mois d’importations. La BCC projetait alors une croissance de 5,7 % pour 2026.

Ces indicateurs constituent un environnement plus favorable pour approfondir l’intégration financière régionale.

Le rapprochement avec les systèmes africains répond ainsi à un double objectif : faciliter les échanges avec les voisins de la RDC et réduire la fragmentation des circuits financiers utilisés par les acteurs économiques.

L’autre chantier : moderniser la banque centrale

La séquence de Nairobi ne s’est pas limitée aux paiements. Le 16 septembre, la BCC a participé à une conférence organisée par la Banque centrale du Kenya sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les banques centrales. Les discussions ont porté sur la prévision macroéconomique, l’analyse des données, la supervision bancaire, les systèmes de paiement et la stabilité financière.

Le gouverneur André Wameso Nkualoloki a défendu une adoption « progressive, prudente et responsable » de ces technologies, en insistant sur la qualité, la gouvernance et la confidentialité des données.

Ces discussions peuvent sembler éloignées du PAPSS. Elles participent pourtant d’une même transformation : celle d’une banque centrale qui cherche à moderniser ses infrastructures, à mieux connecter le système financier congolais à son environnement régional et à renforcer ses capacités de supervision.

Reste désormais le plus difficile : passer des accords aux usages. Pour la RDC, l’adhésion au PAPSS et les engagements pris à Nairobi constituent une étape institutionnelle. Leur véritable impact se mesurera dans les mois à venir, lorsque les banques, les entreprises et les opérateurs économiques commenceront, ou non, à utiliser davantage ces nouveaux circuits pour leurs échanges avec le reste du continent.

Joséphine Lefèvre

Inscription Newsletter

Derniers articles

spot_img