La tension politique qui secoue la Bolivie déborde désormais largement des frontières du pays. La Colombie a annoncé l’expulsion de l’ambassadeur bolivien à Bogotá « par réciprocité », quelques heures seulement après la décision de La Paz d’expulser l’ambassadrice colombienne Elizabeth García. Cette escalade diplomatique marque l’un des plus graves affrontements politiques récents entre deux gouvernements sud-américains.
À l’origine de cette crise se trouvent les déclarations du président colombien Gustavo Petro sur les manifestations qui paralysent actuellement la Bolivie. Le dirigeant colombien avait qualifié les mobilisations contre le président bolivien Rodrigo Paz Pereira d’« insurrection populaire » et proposé une médiation régionale pour tenter d’éviter une aggravation du conflit. La Paz a immédiatement dénoncé une « ingérence » dans ses affaires intérieures.
Le gouvernement bolivien affirme désormais faire face à une tentative de déstabilisation politique coordonnée par des réseaux proches de l’ancien président Evo Morales. Depuis plusieurs semaines, mineurs, syndicats paysans, transporteurs et organisations indigènes multiplient les barrages et les affrontements avec les forces de sécurité pour protester contre les réformes économiques engagées par le nouveau pouvoir centriste arrivé fin 2025.
La réaction colombienne est restée officiellement mesurée sur la forme mais ferme sur le fond. Dans un communiqué, la diplomatie colombienne a indiqué qu’aucun responsable de Bogotá n’avait cherché à « s’immiscer dans les affaires internes » de la Bolivie. Le ministère colombien des Affaires étrangères a néanmoins confirmé le départ de l’ambassadeur bolivien Ariel Percy Molina Pimentel conformément au principe de réciprocité diplomatique prévu par la Convention de Vienne.
Cette crise révèle surtout les fractures idéologiques croissantes en Amérique latine. Gustavo Petro, figure de la gauche régionale, apparaît de plus en plus isolé dans son soutien aux manifestants boliviens, alors que les États-Unis et l’Argentine de Javier Milei soutiennent ouvertement le gouvernement de Rodrigo Paz. Washington a même évoqué un possible « coup d’État » contre le pouvoir bolivien.
Aucune rupture officielle des relations diplomatiques n’a pour l’instant été annoncée entre les deux pays. Les autorités colombiennes affirment maintenir ouverts les canaux de dialogue, tandis que Gustavo Petro continue de proposer une médiation régionale pour tenter d’éviter un embrasement plus large de la crise bolivienne.





