…le bourbier de l’Amérique
Charles d’Anjou livre une analyse sans concession des dynamiques secrètes qui ont poussé Washington à l’offensive. Entre pressions des réseaux néoconservateurs et erreurs stratégiques majeures, découvrez l’éditorial exclusif de notre Hors-Série n° 3, actuellement disponible en kiosque.
Il y a un an tout juste, nous publiions un magazine intitulé L’Offensive des néoconservateurs. Nous avions flairé juste. Bloqués par Donald Trump sur le dossier ukrainien, ils se concentrent depuis un an sur leur vieille marotte : la réorganisation du Moyen-Orient autour de l’État d’Israël.
Cela fait presque 30 ans qu’ils s’agitent dans les cénacles de Washington, écumant les allées du Parti démocrate et celles des républicains. Du lobbying à haute dose, des budgets colossaux, des organisations à l’efficacité redoutable comme l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee).
À leur compteur, quelques beaux succès parmi lesquels la guerre d’Irak (2003), la chute de Mouammar Kadhafi (2011), celle de Bachar el-Assad en Syrie (2024).
Mais leur véritable obsession est ailleurs. L’Iran, voilà le véritable ennemi. Pourquoi ? Parce qu’il est le seul à avoir les ressources et le potentiel pour tenir tête à l’État hébreu dans la région. Il est le seul dont les scientifiques ont développé la technologie nucléaire, le seul à posséder des ingénieurs de très haut niveau et de réelles capacités industrielles dans la recherche comme dans la production.
Gaz, pétrole, eau, minerais divers, l’Iran est pourvu de ressources qui pourraient en faire la grande puissance régionale, loin devant Israël.
Alors, depuis 30 ans, tout est fait par les sanctions occidentales pour le contenir, le contraindre, l’étouffer et gagner du temps. Malgré cela, la marche en avant se poursuit : les Iraniens contournent les sanctions, développent l’import parallèle, s’adaptent, nouent des partenariats ou des relations économiques, commerciales (…) avec la Russie, la Chine, l’Inde, ce nouveau monde des BRICS qui tient tête à l’Occident des élites désormais inquiètes.
Cette situation qui leur échappe pousse les néoconservateurs à durcir et précipiter leurs objectifs. Il faut rapidement neutraliser l’Iran, et en finir. Pour cela, il s’agit de convaincre Donald Trump. Ils le savent, ce dernier a l’oreille attentive. Depuis des années, son gendre Jared Kushner, proche de l’extrême droite israélienne, s’emploie à lui inculquer leur vision géopolitique de la région. D’autre part, le président américain adhère naturellement à la vision des protestants évangéliques américains, faite de convictions religieuses, d’un monde judéo-chrétien en croisade contre l’islam, d’un soutien stratégique à Israël, de mysticisme irrationnel et de croyances dans des prophéties bibliques supposées.
Pour parachever ce travail psychologique, Benjamin Netanyahou vient en personne à plusieurs reprises convaincre en travaillant l’ego du président américain, qui cède contre l’avis de ses généraux et de ses services de renseignements.
Donald Trump, si courageux dans son combat contre le wokisme, contre l’immigration illégale, contre les mondialistes, réalise en bombardant ce pays le vieux rêve des néoconservateurs : détruire l’Iran.
La stratégie qu’ils ont vendue à Trump est simple. Une campagne de bombardements massifs et l’élimination de la hiérarchie politique et militaire vont provoquer un changement de régime. La population libérale va sortir dans les rues de Téhéran et prendre le pouvoir.
Pas un mot sur les capacités balistiques de l’Iran, pas un mot sur l’état réel de la population iranienne ou de l’opposition, rien sur la fragilité du détroit d’Ormuz et les conséquences d’un blocage complet sur l’économie américaine et mondiale. On ne détruit pas un essaim de guêpes avec un marteau. Une succession de mensonges pour faire frapper l’Amérique, qui financera la guerre qu’ils ont tant voulue.
La faute de Donald Trump est de ne pas avoir su dire non, de ne pas avoir écouté les professionnels du renseignement ou de l’armée qui lui disaient de ne pas y aller. Sa limite est de ne pas avoir compris la complexité d’une situation et, par ego, d’avoir pris les Iraniens pour des arriérés.
Si certains objectifs tactiques ont été atteints, la guerre perdue de l’Amérique saute aux yeux du monde et des électeurs de Donald Trump. L’Iran est le seul pays à avoir repoussé une invasion américaine au sol avant qu’elle n’ait lieu.
Donald Trump risque de ne jamais s’en relever. Cela importe peu aux néoconservateurs, qui ont pris l’habitude d’utiliser les présidents américains comme bon leur semble.
Je termine cet édito en remerciant l’équipe d’Omerta pour le travail réalisé, ainsi qu’en vous remerciant, cher lecteur, de vous être abonné ou d’avoir acheté ce magazine en kiosque.
Avec ce travail de terrain en Iran, nous montons encore la barre d’un cran, et c’est grâce à vous tous.
Vous pouvez compter sur nous.






