L’ancienne Première dame rwandaise Agathe Habyarimana a décidé de se pourvoir en cassation après la spectaculaire relance judiciaire ordonnée par la cour d’appel de Paris dans le dossier du génocide des Tutsis de 1994. La justice française a annulé début mai le non-lieu prononcé l’an dernier et autorisé la reprise des investigations visant la veuve de l’ancien président Juvénal Habyarimana.
Âgée de 83 ans, Agathe Habyarimana vit en France depuis des décennies et reste l’une des figures les plus controversées liées au drame rwandais. Elle est soupçonnée par plusieurs associations et magistrats d’avoir appartenu au cercle dirigeant hutu surnommé « l’Akazu », accusé d’avoir joué un rôle central dans la préparation du génocide. Elle conteste depuis toujours toute implication et se présente comme étrangère aux décisions politiques de l’époque.
Par la voix de son avocat Philippe Meilhac, l’ancienne Première dame dénonce une procédure devenue « déraisonnable » après près de vingt ans d’instruction. La défense estime que la relance du dossier repose sur des éléments fragiles et accuse les parties civiles de maintenir artificiellement une affaire devenue hautement politique. Le pourvoi en cassation pourrait suspendre temporairement la poursuite des investigations.
Cette nouvelle séquence judiciaire intervient dans un climat toujours extrêmement sensible autour des responsabilités du génocide rwandais. Depuis plusieurs années, Kigali pousse pour une reconnaissance plus large des complicités internationales ayant entouré les massacres de 1994. La France, longtemps accusée d’avoir soutenu le régime hutu avant le génocide, tente de solder progressivement ce passif diplomatique devenu explosif.
L’affaire Agathe Habyarimana illustre aussi les fractures persistantes autour du récit officiel du conflit rwandais. Certains observateurs dénoncent depuis longtemps une lecture jugée sélective des événements de 1994, estimant que plusieurs zones d’ombre demeurent autour de l’attentat contre l’avion présidentiel du 6 avril, élément déclencheur du génocide. Les enquêtes françaises sur cet attentat avaient d’ailleurs débouché sur un non-lieu validé par la Cour de cassation en 2022.
Malgré l’âge avancé de l’ancienne Première dame, les magistrats français semblent désormais déterminés à poursuivre les investigations. Une décision qui relance un dossier judiciaire et diplomatique parmi les plus sensibles de ces trente dernières années entre Paris et Kigali.





