Frères musulmans : à Paris, l’Europe appelée à bâtir une stratégie commune face à un réseau transnational

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Réunis au Palais du Luxembourg, responsables politiques, diplomates et chercheurs ont appelé à dépasser les réponses nationales face aux réseaux liés aux Frères musulmans. Au-delà de la sécurité intérieure, le débat porte désormais sur les financements, l’influence numérique et la coopération stratégique entre l’Europe et le monde arabe.

Après Londres, Paris. Le sixième Forum annuel de TRENDS consacré à l’islam politique s’est achevé au Palais du Luxembourg après une première séquence organisée à la Chambre des Lords britannique. Le choix des deux capitales illustre l’ambition des organisateurs : faire passer le débat d’une analyse du phénomène islamiste à l’élaboration de réponses politiques, juridiques et sécuritaires communes à l’échelle européenne. Sénateurs, diplomates, universitaires et spécialistes ont ainsi débattu sous le thème d’une « réponse européenne unifiée » face aux Frères musulmans.

Fondé à Abou Dhabi en 2014 sous le nom de TRENDS Research & Advisory, TRENDS Group est un centre de recherche privé travaillant sur les grandes transformations géopolitiques, économiques, sociales et idéologiques. L’étude de l’extrémisme et de l’islam politique occupe une place importante dans ses travaux. Rebaptisé TRENDS Group en 2026, l’organisme entend notamment développer les échanges entre chercheurs, décideurs et responsables institutionnels européens et arabes.

Un enjeu qui dépasse les frontières nationales

L’un des constats partagés au cours des échanges tient à la dimension transnationale du phénomène. Les réseaux idéologiques, associatifs et numériques ne s’arrêtent pas aux frontières, alors que les réponses institutionnelles demeurent encore largement nationales. Plusieurs participants ont donc plaidé pour une meilleure circulation de l’information, une harmonisation des méthodes d’analyse et une coordination renforcée entre les États européens.

André Reichardt, ancien vice-président de la commission des Affaires européennes du Sénat, a insisté sur la nécessité de distinguer clairement les citoyens musulmans, pleinement intégrés à la société, de l’utilisation de la religion comme instrument de pouvoir politique. Il a également défendu une coopération accrue entre la France, l’Italie et les Émirats arabes unis. Khalifa Mubarak Al Dhaheri, directeur de l’Université Mohammed-Bin-Zayed des sciences humaines, a pour sa part accusé les Frères musulmans de détourner le religieux au service d’un projet politique et appelé les Européens à adopter une réponse plus coordonnée.

Le financement, nouvelle priorité stratégique

La question des flux financiers s’est imposée comme l’un des principaux sujets du forum. La sénatrice Nathalie Goulet a notamment appelé à revoir certains mécanismes européens de financement et à renforcer le contrôle sur les subventions susceptibles, selon elle, d’être utilisées au profit d’agendas idéologiques. L’enjeu dépasse la seule origine des fonds : les participants souhaitent également mieux suivre leur circulation à travers les associations, institutions culturelles et structures transfrontalières.

Cette approche traduit une évolution du débat. Il ne s’agit plus seulement de surveiller des organisations identifiées, mais de comprendre les écosystèmes économiques, associatifs et numériques dans lesquels peuvent évoluer des mouvements politiques ou idéologiques. Les recommandations finales du forum préconisent ainsi une harmonisation des règles européennes concernant les financements étrangers et la création de mécanismes d’alerte capables de détecter plus rapidement les réseaux d’influence et les phénomènes de radicalisation.

La bataille se déplace vers le numérique

Autre terrain jugé décisif : l’espace numérique. Plusieurs experts ont souligné que les mouvements idéologiques contemporains disposent désormais d’outils de diffusion qui dépassent très largement les structures militantes traditionnelles. Réseaux sociaux, algorithmes, intelligence artificielle ou jeux vidéo peuvent devenir des vecteurs de propagande, de polarisation ou de recrutement.

Wael Saleh, directeur du bureau de TRENDS en France et au Canada, a résumé cette mutation en décrivant un islamisme capable d’associer une vision idéologique tournée vers le passé à une maîtrise des technologies les plus contemporaines. Yamine Sétoul, enseignant-chercheur au Conservatoire national des arts et métiers, a toutefois rappelé la difficulté de mesurer statistiquement l’influence réelle des Frères musulmans en France et plaidé pour des études comparatives de long terme et un meilleur partage des données entre chercheurs européens.

Paris–Abou Dhabi, un axe de coopération assumé

En arrière-plan du forum se dessine également un rapprochement intellectuel et stratégique entre certains acteurs européens et les Émirats arabes unis sur la question de l’islam politique. Abou Dhabi a fait de la lutte contre les mouvements islamistes transnationaux un axe majeur de sa doctrine régionale, tandis que plusieurs intervenants français ont défendu l’intérêt d’une coopération accrue avec les pays arabes engagés sur ce terrain.

Les travaux de Paris auront ainsi dépassé le seul débat français sur l’islamisme. Ils posent une question plus large de politique européenne : comment répondre à des réseaux transnationaux lorsque les législations, les outils de surveillance et les doctrines restent fragmentés ? Pour les participants, l’enjeu est désormais de transformer l’accumulation d’analyses en doctrine commune, en faisant du renseignement financier, du numérique, de l’éducation et de la coopération internationale les quatre piliers d’une stratégie européenne de long terme.

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