Quatre ans après un accord censé mettre fin à l’un des conflits les plus meurtriers d’Afrique, le nord de l’Éthiopie bascule de nouveau dans les combats. Les Nations unies alertent sur le risque d’une nouvelle guerre de grande ampleur, tandis que le président éthiopien dénonce à l’ONU l’intervention de puissances étrangères dans la déstabilisation de son pays.
Les affrontements se sont intensifiés dans le Tigré ces derniers jours, poussant les Nations unies à alerter sur le risque d’une nouvelle guerre de grande ampleur. Les aéroports de Mekelle, Axoum et Shire ont notamment été saisis et occupés dans le cadre de cette nouvelle confrontation.
À la tribune de l’ONU, le président éthiopien Taye Atske Selassie a directement dénoncé l’intervention d’« acteurs extérieurs » dans la déstabilisation de son pays. Sans les désigner explicitement, ses propos ont notamment été interprétés comme visant l’Érythrée et l’Égypte, deux États avec lesquels Addis-Abeba entretient des rapports particulièrement tendus.
Avec l’Érythrée, les désaccords portent sur les frontières, la sécurité et l’équilibre régional. Avec l’Égypte, le contentieux concerne principalement le Nil et le gigantesque barrage de la Renaissance construit par l’Éthiopie. Le Caire redoute depuis longtemps les conséquences de cet ouvrage sur son approvisionnement en eau, tandis qu’Addis-Abeba revendique son droit souverain à exploiter ses propres ressources hydrauliques.
La reprise des combats menace directement l’accord de Pretoria conclu en 2022. Ce texte avait mis un terme à deux années de guerre entre le gouvernement fédéral et les forces du Tigré, au prix d’un bilan humain considérable. L’ONU appelle désormais toutes les parties à reprendre les négociations sous médiation africaine et à éviter une extension des hostilités aux régions voisines.
La crise rappelle surtout la fragilité des équilibres dans la Corne de l’Afrique. L’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé du continent, occupe une position stratégique majeure entre la mer Rouge, le Soudan, la Somalie et la vallée du Nil. Toute déstabilisation prolongée pourrait donc largement dépasser les frontières du Tigré.
Addis-Abeba tente aujourd’hui de présenter la crise comme une question de souveraineté nationale face aux ingérences régionales. Mais pour éviter une nouvelle guerre longue, le pouvoir éthiopien devra également parvenir à reconstruire le compromis politique conclu avec les acteurs du Tigré en 2022.





