Etats-Unis : « l’Amérique vit de plus en plus dans deux environnements médiatiques différents »

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Depuis des semaines, certains Etats républicains envoient des migrants dans des Etats démocrates. Pourquoi ? 

Au cours de la dernière décennie, une trentaine de villes américaines se sont définies comme « villes sanctuaires » ou « juridictions sanctuaires ». Il s’agit de villes qui, par une politique déclarée, limitent leur coopération avec les autorités fédérales (c’est-à-dire nationales) chargées de l’immigration qui cherchent à appréhender les étrangers en situation irrégulière. Lorsque des étrangers en situation irrégulière sont arrêtés pour des délits mineurs, les villes sanctuaires refusent généralement de les remettre aux services américains de l’immigration et des douanes. Dans certains cas, les villes sanctuaires s’abstiennent même de poser des questions sur le statut d’immigration lorsqu’elles fournissent des services publics. Comme vous pouvez l’imaginer, il s’agit presque toujours de villes dirigées par des maires démocrates de gauche : Boston, Chicago, Los Angeles, New York, Philadelphie, San Francisco, Washington, etc. 

Les États du sud des États-Unis qui se trouvent en première ligne de l’immigration clandestine, en particulier le Texas, ont été critiqués par des maires démocrates qui prétendent que la politique d’immigration est définie au niveau national, les États ne peuvent généralement pas faire respecter les restrictions frontalières par eux-mêmes. Mais il n’y a aucune raison pour que le Texas ou la Floride aient à supporter le poids de la crise des migrants et à s’occuper eux-mêmes des immigrants illégaux. Les gouverneurs du Texas et de la Floride ont donc décidé d’appeler au bluff les maires démocrates et d’envoyer des migrants illégaux dans leurs villes ! 
Comment est traité cet événement par les démocrates ? 

Il s’avère que les maires démocrates n’ont pas beaucoup apprécié ! Loin d’accueillir les migrants illégaux, ils ont feint de s’indigner que les gouverneurs républicains « exploitent » les migrants comme des « jouets ». À Martha’s Vineyard, l’île du Massachusetts où vivent de nombreuses élites, la cinquantaine de migrants envoyée par le gouverneur de Floride Ron DeSantis n’a pas du tout été accueillie chaleureusement. En fait, le gouverneur du Massachusetts a fait appel à la Garde nationale pour les déloger ! 

Depuis les difficiles confinements du COVID-19, les villes américaines dirigées par des démocrates s’effondrent rapidement. J’étais à Philadelphie le mois dernier et le centre-ville est devenu un dépotoir, avec de nombreux sans-abris en piteux état, un sentiment général de malaise et de peur dans l’air, tout est palpablement dysfonctionnel. La côte Est n’est pas aussi dystopique que Los Angeles ou San Francisco, mais les choses sont beaucoup moins agréables à Philadelphie, Washington et New York qu’il y a à peine trois ans. Comme quelqu’un l’a fait remarquer, les véritables « villes sanctuaires » sont Miami, Dallas, Atlanta et Houston, où les habitants du nord se déplacent pour fuir les villes du nord où règne la criminalité. 

Quelles seront les prochaines actions de la Cour suprême ?

La session de la Cour suprême vient de commencer, la première avec le nouveau juge Ketanji Brown Jackson, nommé par Biden. Grâce au président Trump, la Cour suprême est à majorité conservatrice et a notamment annulé Roe v. Wade cet été. Contrairement à la France où l’avortement et le mariage homosexuel ont été introduits par voie législative, aux États-Unis, la Cour suprême a imposé les deux à toute la nation. La décision Dobbs, annulant Roe, a renvoyé la question de l’avortement aux États. 

Actuellement, la première affaire concerne la question de savoir si le gouvernement fédéral peut imposer des réglementations en matière d’eau propre dans toute la nation. D’autres affaires portent sur l’examen des politiques de discrimination positive des universités, les étudiants américains d’origine asiatique se plaignant que les universités leur appliquent des normes plus strictes. Il y a également une affaire concernant le refus d’un concepteur de sites Web, sur la base de la liberté religieuse, d’offrir des services Web à un couple de même sexe. 
 

Quels ont été les résultats des premières élections des Républicains ? Les partisans de Trump ont-ils gagné ? 

Le président Trump a soutenu plus de deux cents candidats dans des courses nationales et d’État. Dans les « runs » très importants du Sénat américain (un tiers du Sénat est élu tous les deux ans, pour des postes de six ans), Trump a soutenu vingt candidats dans les primaires républicaines (avant l’élection générale), et dix-neuf d’entre eux ont gagné. Globalement, selon la National Public Radio, 91 % des candidats soutenus par Trump ont remporté leurs primaires. Trump a réussi à évincer plusieurs républicains « libéraux » qui s’opposaient à lui vers la fin de sa présidence. 

Actuellement, les Républicains ont de très fortes chances de remporter la Chambre des représentants. Leur nombre s’est renforcé dans les « runs » au Sénat, et les espoirs de victoire des Républicains ont augmenté, même s’il est encore trop tôt pour se prononcer. Des candidats au Sénat alignés sur Trump comme J. D. Vance dans l’Ohio et Blake Masters en Arizona sont à surveiller. 

Comment est vu actuellement Joe Biden après avoir parlé à une députée morte ?

L’Amérique vit de plus en plus dans deux environnements médiatiques différents. Dans les médias conservateurs, dominés par Tucker Carlson et Fox News, la réalité est évidente : Le président Biden souffre d’un grave déclin cognitif. Avec un président manifestement faible, beaucoup de ceux qui entourent Biden sont plus libres d’agir en toute impunité. Sa faiblesse est une sorte de tragédie collective, où tout le monde sait qu’il n’est pas à la hauteur, mais personne ne prend de mesures. Dans l’environnement médiatique libéral, seuls les moments forts du président Biden sont montrés et les conservateurs se moquent de ceux qui prétendent qu’il y a quelque chose qui cloche chez lui. Il est très effrayant de voir à quel point les médias libéraux dissimulent ces faits. 

Les élections de mi-mandat auront lieu bientôt. Voyez-vous une polarisation plus forte dans la société américaine ? 

De plus en plus d’Américains déclarent non seulement qu’ils n’aiment pas l’autre parti, mais aussi qu’ils n’aiment pas les membres de cet autre parti. Mais au-delà de cela, il y a eu des changements importants à droite et à gauche. Les électeurs de droite sont désormais plus enclins à considérer l’élite comme corrompue, à détester les entreprises mondiales (par exemple Disney) et à exiger un soutien positif de la part du gouvernement, et pas seulement plus de liberté comme auparavant. 

À cela s’ajoute un nombre croissant de Noirs et d’Hispaniques qui veulent voter pour des candidats républicains et ont des opinions conservatrices sur la loi et l’ordre ainsi que sur l’immigration. Le parti Républicain devra abandonner une partie de son vieux scepticisme libéral à l’égard de l’État afin d’accueillir des électeurs ayant des opinions sociales de droite mais une vision plus interventionniste et plus favorable de l’État. Pour l’essentiel, le parti Républicain a pour objectif de ressembler davantage à un parti de droite européen, avec un soutien de l’État en faveur de la famille et des mesures audacieuses en matière d’ordre public, d’immigration et de soutien à l’industrie nationale. 

 

Gladden Pappin est professeur associé de politique à l’université de Dallas et chercheur invité au Mathias Corvinus Collegium (Budapest). Il a cofondé American Affairs et écrit régulièrement pour Postliberal Order. 

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