Élections en Roumanie : mais où va l’Europe ?

Date:

Nous sommes le 9 janvier dernier. L’ancien commissaire européen Thierry Breton est interviewé sur RMC dans l’émission « Apolline Matin ». Il est en pleine guerre sur les réseaux avec le milliardaire américaine Elon Musk, bras droit de Donald Trump qui le taxe de « tyran ». Raison invoquée ? « L’ancien commissaire européen Thierry Breton, explique Musk, dit que l’Union européenne dispose de mécanismes pour annuler une potentielle victoire de l’AfD aux élections : « On l’a fait en Roumanie et on le fera évidemment en Allemagne si nécessaire« .» Devant l’ampleur prise par le tweet de Musk, Thierry Breton explique aussitôt qu’il n’a pas dit que l’Union européenne avait le pouvoir d’annuler une élection, mais qu’il parlait « de l’application du DSA et des obligations de modération ».

Le DSA, c’est le « Digital Services Act », soit en Français, le « règlement européen sur les services numériques ». Le DSA, c’est la créature de Thierry Breton. « Lors du dernier mandat à la Commission, explique-t-il, j’ai été celui qui a porté cette loi sur les réseaux sociaux, et je le dis très clairement à votre micro : certainement pas pour brider la parole. Donc au fond, Musk a le droit de s’exprimer. En revanche, s’il le fait sur les réseaux sociaux qui sont régulés en Europe, alors là l’Europe a son mot à dire, c’est la loi que j’ai portée et qui a été votée par nos instances démocratiques, par le Parlement européen et le Conseil. Et cette loi, elle dit quoi ? Tout simplement que lorsque vous utilisez un réseau social, il y a un effet amplificateur. C’est ça qui est contrôlé, pour éviter qu’on fasse n’importe quoi. » Donc on contrôle, mais on n’interdit pas et surtout on n’annule pas les élections. Ça, c’est du ressort de la Cour Constitutionnelle roumaine, une institution d’un pays souverain, qui fait tout de même partie de l’Union Européenne.

Et c’est là où le bât blesse. Le 6 décembre dernier, la Cour constitutionnelle roumaine annulait le second tour de l’élection présidentielle. Dans la réalité, à la surprise générale, le candidat Călin Georgescu est arrivé en tête de l’élection présidentielle roumaine avec 23% des suffrages et de bonnes chances l’emporter au second tour. La Cours Constitutionnelle a donc décidé d’annuler purement et simplement l’élection sur fond de soupçons d’ingérences russes. Georgescu est accusé de se désolidariser de la guerre en Ukraine, c’est pour cela qu’on l’accuse d’être pro-russe, pas autre chose. Car par le passé, il a plutôt travaillé pour des ONG atlantistes et même pour BlackRock. Comme l’explique l’éditorialiste Mathieu Bock-Côté, la Cours estime que « le processus électoral aurait été déréglé par la Russie à travers une manipulation du réseau TikTok qui a favorisé les algorithme Georgescu ». Lunaire…

La Cour fixe alors à mai prochain la tenue d’une nouvelle élection.

Aussitôt, Călin Georgescu entame des démarches pour se présenter à nouveau. Mais le jour du dépôt de sa candidature pour la nouvelle élection, il est arrêté par la police et conduit au tribunal où une avalanche d’accusations lui tombe dessus, allant de menées fascistes à propos racistes, troubles à l’ordre public et diverses malversations financières avec une méthode qui n’est pas sans rappeler celles de la police politique roumaine, la « Securitate » du régime communiste. « Montrez-moi l’homme et je vous trouverai le crime » disait le bras droit de Staline, Lavrenti Beria, dont la police roumaine fut autrefois très friande de telles méthodes… Georgescu est finalement libéré, mais lorsqu’hier, il tente de se présenter à nouveau, sa candidature est cette fois invalidée purement et simplement.

Des milliers de Roumains descendent alors dans les rues pour protester. Des émeutes sont déclenchées un peu partout dans le pays avec un air de la révolution roumaine des années 90. « C’est un coup direct porté au cœur de la démocratie dans le monde. Je n’ai qu’un seul message. Si la démocratie s’effondre en Roumanie, c’est tout le monde démocratique qui s’effondrera. C’est juste le début. C’est tout simple » écrit Câlin Georgescu sur son compte X. On attend une réaction de Bruxelles, et peut-être aussi de Thierry Breton ?

Inscription Newsletter

Derniers articles

spot_img