Pourquoi avoir fixé l’examen de la loi sur le suicide assisté la semaine précédant l’élection des députés français au Parlement européen est-on en droit de se demander ? Soit pour en noyer sa portée politique, soit pour mettre en difficulté certains opposants. Dans tous les cas s’est plutôt la première possibilité qui s’est réalisée : les Français ne se sont nullement intéressés au débat. Un débat qui oppose au fond depuis des années deux personnalités très différentes : Line Renaud, chanteuse sans talent que la mort semble avoir oubliée (elle a 95 ans) mais infatigable militante de l’euthanasie. De l’autre, l’un des écrivains français vivant les plus connu au monde, Michel Houellebecq, pas catholique pour un sou mais farouche opposant à l’euthanasie.
Dans le mensuel L’Incorrect de juin, disponible en kiosque, Michel Houellebecq s’en explique dans un débat avec le rabbin Haïm Korsia et le prêtre catholique Pierre Vivarès. Ce qui choque l’écrivain dans ce projet de loi, « c’est l’idée effrayante et répugnante que la dignité peut, d’une manière ou d’une autre, être lié à l’état de santé, c’est-à-dire une chose qu’on peut perdre ».Pour lui, « l’euthanasie est tout sauf un sujet de spécialiste. Tout le monde va être confronté à l’agonie d’un proche. Tout le monde ».
L’hypocrisie de ce projet de loi est de traiter dans le même texte la question des soins palliatifs, encore inexistants dans de nombreux départements et celle du suicide assisté par le personnel médical ou un proche (presque assuré d’avoir des séquelles psychologiques graves par la suite). Un mélange qui a nourri une fronde importante des personnels médicaux concernés, réunis dans la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP), présidée par le docteur Claire Fourcade.
Il est un peu étrange au premier abord de noter les nombreuses interactions existants les militants LGBTQI+ et ceux de l’euthanasie, par eux renommée « mort dans la dignité ». Le meilleur exemple est en Jean-Luc Roméro, 64 ans, adjoint d’Anne Hidalgo, frappé il y a quelques années par la mort à l’âge de 31 ans, de son jeune mari lors d’une relation adultérine qui avait mal tournée (chemsex). Président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) de 2007 à 2021, il en est désormais le président d’honneur. Il avait été le fondateur en 1995 de l’association Élus locaux contre le Sida. Il faut ici se rappeler que les soins palliatifs furent notamment développés en France en réponse au terrible drame du Sida.
On aurait pu penser que le Rassemblement national, par prudence politicienne ou adhésion resterait sur la réserve dans ce débat glissant voulu par Emmanuel Macron. Mais certains de ses députés se sont battus aux côtés des députés LR comme le docteur Philippe Juvin, Marc Le Fur ou Thibault Bazin. On notera notamment la solidité des interventions de Laure Lavalette, Hervé de Lépinau et Christophe Bentz côté RN
On terminera par l’évocation du petit livre du romancier Mathieu Noli qui rend bien compte dans cet ouvrage du côté biaisé de ce débat en douze courts nouvelles. Bravo à lui !
Mathieu Noli, Chroniques euthanasiques, Salvator, 94 p., 9,90 euros.





