[Édito] La France face à un défi sécuritaire inédit

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Notre ministre de l’Intérieur est le roi de la statistique, un virtuose des chiffres qu’il suffit d’écouter quand ça va mal – comme en ce moment – pour réaliser que la réalité (un deuxième professeur assassiné et une dizaine de lieux publics d’importance évacués en moins d’une semaine) n’est pas aussi catastrophique que l’on pourrait l’imaginer. Et surtout, et c’est le plus important, que le gouvernement est là pour nous protéger. Darmanin est doué et il le sait. Le verbe est au moins aussi important que la chose. C’est peut-être pour ça d’ailleurs qu’il se verrait bien briguer la plus haute magistrature. Il n’empêche qu’il a bien du mal à rassurer en ce moment des Français qui ont peur.

 
Parmi les ministres de la République, on lui reproche souvent une présence dans le champ médiatique et digital parfois excessive, mais il faut tout de même lui reconnaître un zèle méritoire à assumer sa fonction et son rôle de « monsieur sécurité ». On ne peut pas en dire autant de son homologue à la Justice, M. Dupond-Moretti encore trop souvent rattrapé par une prose minimaliste lorsqu’il s’agit d’appeler un chat, un chat et un délinquant, un délinquant. Son passé d’avocat des voyous a laissé des traces.
 
Que ce soit sur la question des OQTF ou du terrorisme, ou des deux puisqu’on voit bien qu’elles sont parfois très liées, le ministre de l’Intérieur est à la manœuvre. Il l’est tout autant comme « premier flic de France » lorsqu’il s’agit de rétablir l’ordre pendant les manifestations ayant jalonné le passage en force de la réforme des retraites ou après les cinq jours d’émeutes qui ont agité notre pays début juillet. Une présence de taille, mais est-elle pour autant gage d’efficacité quand, au loin, mais de plus en plus près, les nuages noirs s’accumulent ?
 
Selon un sondage de l’IFOP publié par le JDD, 48 % des Français considèrent que la communauté juive est une cible prioritaire après l’attaque terroriste du Hamas en Israël, mais 85 % sont inquiets pour eux-mêmes. Le risque de contagion sur notre sol d’un conflit au Moyen-Orient n’a jamais été aussi haut depuis 70 ans. À la différence de ses voisins, la France comprend de nombreux éléments qui la mettent particulièrement à risque : présence d’une forte minorité maghrébine avec beaucoup d’éléments non intégrés, laïcité revendiquée (pour beaucoup de musulmans, la laïcité est considérée comme une attaque contre leur religion), refus du communautarisme, soutien sans faille à Israël, mais aussi ancrage plus important qu’auparavant aux intérêts américains. Bref, une liste qui fait de notre pays une cible de choix pour n’importe quel radical inspiré par l’État Islamique ou ce qu’il en reste sur les réseaux sociaux.
 
Depuis le Bataclan, les services français et les forces de l’ordre sont parvenus à déjouer plusieurs dizaines d’attentats, dont certains de grande ampleur. L’assassinat de Dominique Bernard par un ressortissant ingouche a jeté l’effroi sur le corps professoral et plus largement sur tous les parents d’élèves du pays. Pourtant, la menace terroriste ne dépasse pas pour l’instant le cadre d’individus déterminés, mais isolés. Gérald Darmanin a récemment prévenu qu’il existait une menace d’attentats de plus grande ampleur. À l’époque de Daech, le terrorisme islamiste était nourri par le sanctuaire qu’avait formé l’organisation entre la Syrie et l’Irak et qui lui permettait de planifier ses attaques en Europe. Ce sanctuaire ayant été éliminé, les combattants du califat en sont réduits à agir seuls. Ils suscitent l’horreur, l’effroi, mais les autorités parviennent à les neutraliser. Or, avec le Hamas, un nouveau foyer djihadiste a vu le jour, avec des relais qui pourraient cette fois véritablement amener la guerre sur notre sol.

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