L’Organisation mondiale de la Santé a déclenché son deuxième niveau d’alerte internationale le plus élevé face à la nouvelle épidémie d’Ebola qui frappe la République démocratique du Congo et commence désormais à s’étendre vers l’Ouganda. Derrière cette décision exceptionnelle, plusieurs facteurs inquiètent particulièrement les autorités sanitaires internationales : une forte contagiosité, l’absence totale de vaccin contre la souche concernée et l’extrême difficulté d’accès aux zones touchées.
L’épidémie actuelle est provoquée par le variant Bundibugyo du virus Ebola, une souche rare contre laquelle il n’existe aujourd’hui ni vaccin homologué ni traitement spécifique. Contrairement à la souche Zaïre, responsable des grandes flambées précédentes et pour laquelle des outils médicaux existent désormais, les autorités sanitaires se retrouvent beaucoup plus démunies face à ce variant identifié pour la première fois en Ouganda en 2007.
Au 16 mai, l’OMS recensait déjà huit cas confirmés en laboratoire, 246 cas suspects et environ 80 décès suspects dans la province congolaise de l’Ituri. L’Africa CDC évoque même plus de 330 cas suspects et près de 90 morts potentiellement liés au virus. Plusieurs cas ont également été détectés à Kampala, en Ouganda, après des déplacements depuis l’est de la RDC, faisant craindre une propagation régionale rapide.
La situation est aggravée par les conditions extrêmement complexes du terrain. L’Ituri, région minière frontalière de l’Ouganda et du Soudan du Sud, est marquée par une forte mobilité des populations liée à l’exploitation aurifère mais aussi par l’insécurité chronique et les violences armées. Certaines zones restent pratiquement inaccessibles aux équipes médicales, compliquant le dépistage, l’isolement des malades et le suivi des chaînes de contamination.
Les autorités sanitaires craignent surtout une transmission incontrôlée à l’intérieur même des foyers et des structures médicales improvisées. Selon plusieurs témoignages relayés par l’AFP, de nombreux malades meurent actuellement à domicile sans isolement réel, tandis que les familles continuent de manipuler les corps lors des rites funéraires, l’un des principaux vecteurs historiques de propagation du virus Ebola. L’OMS alerte également sur plusieurs contaminations parmi les soignants locaux.
Le virus Ebola demeure l’une des maladies les plus redoutées au monde. Transmis par les fluides corporels, il provoque de graves fièvres hémorragiques et affiche des taux de mortalité pouvant atteindre 50 % à 90 % selon les souches et les capacités de prise en charge médicale. Depuis son apparition en 1976 dans l’ancien Zaïre, Ebola a causé plus de 15 000 morts sur le continent africain.
La nouvelle flambée ravive également les critiques sur la fragilité persistante des systèmes de santé africains et sur le manque d’investissements internationaux dans la prévention des grandes crises sanitaires du continent. Dans plusieurs zones touchées de l’est congolais, l’absence d’infrastructures médicales solides, la pauvreté et les conflits armés créent un terrain particulièrement favorable à une propagation rapide du virus.





