L’épisode historique qui s’est déroulé vendredi dans le bureau Ovale à la Maison Blanche est unique dans les annales. Unique surtout parce qu’il permet de mettre en lumière réellement ce qu’il se passe entre deux des acteurs principaux de la guerre en Ukraine, l’Ukraine elle-même représentée par Volodymyr Zelensky et les États-Unis représentés par Donald Trump et JD Vance.
Au cours de cinquante minutes de conversation, on a eu droit en toute transparence à un échange entre le président d’une nation qui subit une guerre et voudrait la poursuivre et son principal bailleur de fond qui veut à tout prix l’arrêter.
On a compris que l’Europe était définitivement sur la touche et ce, en dépit du sommet qui s’est tenu hier dimanche à Londres, sommet qui s’est conclu par des déclarations belliqueuses, mais aussi par le constat que rien ne peut se faire sans l’appui et l’intervention des États-Unis. La déclaration la plus significative étant celle de Mark Rutte, le patron de l’OTAN, qui était présent, conseillant à Zelensky de se réconcilier au plus vite avec Donald Trump et de signer l’accord sur les terres rares. Zelensky, on le sent, joue une partition dangereuse dans cette affaire. Après l’épisode de la Maison Blanche, il s’est retrouvé à deux doigts de signer la fin de sa carrière politique et son retour dans le métier des arts. Zelensky semble ne pas comprendre que les temps ont changé et que ceux avec qui il ressent le plus d’affinités (les mondialistes occidentaux, la gauche américaine, les Européens) ont peu de pouvoir en 2025. En revanche, les acteurs qu’il n’aime pas et contre qui il est intervenu (tout le monde avait oublié sa visite en septembre 2024 dans le cadre de la campagne électorale à Scranton, en Pennsylvanie, pas Donald Trump) sont aujourd’hui ceux justement qui peuvent encore le sauver.
En outre, Zelensky continue de parcourir les chancelleries avec le message qu’il se bat pour nous et nos valeurs et que, s’il perd, Poutine envahira l’Europe. Il a dit à Trump, « vous avez des océans qui vous protègent, mais vous finirez par ressentir les effets de notre guerre ». Ce à quoi Trump lui a répondu qu’il n’était pas en mesure de dire aux États-Unis ce qu’ils allaient ressentir, et qu’il jouait avec la Troisième guerre mondiale. Les Européens et le Canada haussent le ton tout en sachant qu’ils n’ont pas les moyens de leur politique et qu’ils ne peuvent, au vue de leurs économies, de leur budget militaire et de l’impopularité de la guerre auprès de leurs opinions, remplacer totalement les USA dans ce conflit. S’ils accèdent à l’indépendance totale envers les États-Unis, ce qui est souhaitable et aurait dû se produire depuis des années (depuis le temps qu’on parle de La Défense européenne…), cela prendra du temps. Or pour l’Ukraine, il y a urgence et un risque majeur que le pays ne s’effondre et que les Russes gagnent encore davantage de territoires. Le poids de notre dépendance via l’OTAN et des États-Unis est colossale et nous ne sommes pas en position de force vis-à-vis d’eux. En réalité, nous n’avons pour le moment pas d’autre choix que d’accepter ce que Trump nous dira de faire.
Zelensky doit savoir que toutes les questions autrefois bloquantes pour la paix ont été de facto réglées : l’Ukraine est désormais mieux armée que la plupart des pays de l’OTAN, mais n’en fera jamais partie ; et aucun président ne lui fournira les moyens militaires nécessaires pour reprendre le Donbass et la Crimée. Il reste trois inconnues : pourquoi Poutine accepterait-il un cessez-le-feu alors que sur le terrain ses troupes progressent encore ?
S’il l’accepte, jusqu’où Poutine acceptera-t-il de se retirer vers ses frontières de 2022 ? Enfin, comment sera-t-il dissuadé de ne pas reprendre la guerre un jour ?
Dans l’immédiat, le Président ukrainien n’a pas d’autre choix que de ravaler sa fierté et de retourner à la Maison Blanche, signer le fameux accord sur les terres rares. Il s’est dit prêt à le faire, d’ailleurs. Alors il pourra espérer que les Européens viennent prendre en charge le financement et la sécurité de son pays pendant que Trump tiendra Poutine à distance en le dissuadant de recommencer. S’il y a un cessez-le-feu, un accord commercial, une présence terrestre européenne, un audit sur les quelques 100 milliards de dollars d’aide à l’Ukraine volatilisés, une question demeure : celle des élections présidentielles. Valeri Zaloujny, l’ancien chef d’État Major ukrainien est à l’affût, et il pourrait très bien les remporter. Zelensky le sait. C’est la raison pour laquelle, tel César envoyant Pompée aux confins de l’Empire, il l’a nommé ambassadeur a Londres.





