Carburants : la réponse se trouve en mer Rouge et en Ukraine, pas à New York

Date:

« Tant que les raffineries russes brûlent et que l’oléoduc saoudien est pris pour cible, le diesel restera rare, et il restera cher. »

Invité lundi soir sur le plateau de CNews, alors qu’Emmanuel Macron s’apprêtait à rencontrer Donald Trump à New York, Régis Le Sommier est revenu sur les causes géopolitiques de la flambée des carburants, de l’offensive des Houthis contre l’Arabie saoudite aux frappes ukrainiennes sur les raffineries russes, en passant par le voyage présidentiel à Saint-Pierre-et-Miquelon.

On nous a expliqué que la crise des carburants trouverait sa solution lundi soir à New York, lors du tête-à-tête entre Emmanuel Macron et Donald Trump. J’aimerais le croire, mais je me souviens de la soirée de Versailles, dans un cadre qui avait visiblement impressionné le président américain, où l’on avait signé en grande pompe, au moment du dîner, un mémorandum d’entente censé poser les bases d’un accord futur. On y a cru, puis tout cela s’est évaporé assez vite, et je doute qu’une nouvelle rencontre suffise à faire baisser le prix du plein tant que les conflits qui le font monter ne sont pas réglés.

L’Arabie saoudite en première ligne

Au Moyen-Orient, il faut revenir un peu en arrière pour comprendre la situation. Au printemps 2025, les Américains ont tenté de venir à bout des Houthis par une campagne de frappes massives, avant de conclure assez rapidement qu’ils ne parviendraient pas à les faire capituler, si bien qu’ils ont fini par traiter avec eux. L’accord conclu sous l’égide du sultanat d’Oman en mai 2025 reste le cadre dans lequel chacun évolue aujourd’hui, et il se résume assez simplement : les Houthis ne touchent pas aux navires ni aux intérêts américains, et Washington les laisse tranquilles. Ils viennent d’ailleurs de le confirmer aux Américains lors d’une rencontre discrète à Mascate, en précisant qu’ils ne s’attaqueraient qu’aux navires saoudiens.

Les Houthis, et les Iraniens qui les soutiennent, ont très bien compris que l’Arabie saoudite était le point faible du dispositif. Le royaume subit le contrecoup de la guerre qu’il a menée contre eux au Yémen, et il souffre en outre d’une fragilité structurelle, puisque le pétrole reste son unique ressource et que, depuis le verrouillage du détroit d’Ormuz par l’Iran, une grande partie de ses exportations passe par l’oléoduc Est-Ouest, qui traverse la péninsule jusqu’à la mer Rouge. Cet oléoduc a justement été visé, au point que Riyad a dû le fermer temporairement le 11 septembre. Les Saoudiens ont demandé l’aide des États-Unis, mais Donald Trump a jusqu’ici refusé d’ordonner des frappes directes contre les Houthis, ce qui s’explique aisément au regard de l’accord de 2025.

Le diesel russe

On ne peut pas reprocher à Donald Trump de ne pas chercher à régler ces conflits, en alternant la diplomatie et la force aussi bien avec l’Iran qu’avec la Russie. Sur l’Ukraine, il a tenté de relancer les discussions en envoyant Jared Kushner et Steve Witkoff à Moscou puis, pour la première fois, à Kiev, après que le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’était lui-même rendu à Moscou à la fin du mois d’août. Il aimerait obtenir un résultat avant les élections de mi-mandat, mais pour l’instant les choses piétinent.

Sur la question des hydrocarbures, il s’est aussi adressé directement à Volodymyr Zelensky pour lui demander de cesser de frapper les raffineries russes, en particulier celles qui produisent du diesel, et c’est bien là que se situe le cœur du problème. La Russie était un gros producteur de diesel, et même si l’Europe ne s’y approvisionnait plus, la destruction d’une partie des raffineries russes, dans un contexte international déjà très tendu, a raréfié ce carburant à l’échelle mondiale et fait exploser son prix. Or le diesel est le carburant le plus sensible, parce que c’est celui des plus modestes, de ceux qui n’ont pas d’autre choix que de prendre leur fourgonnette pour aller travailler.

L’échéance des élections de mi-mandat

Cette hausse tombe au plus mauvais moment pour Donald Trump. S’il abordait les élections de mi-mandat avec la seule opération au Venezuela à son actif, les Américains lui pardonneraient sans difficulté d’avoir enlevé Nicolás Maduro, car ce n’est pas cela qui les a choqués ; ce qui les inquiète, c’est le prix à la pompe. On en revient toujours à la formule de James Carville, le conseiller de Bill Clinton lors de la campagne de 1992, « It’s the economy, stupid », qui rappelait que les électeurs se prononcent d’abord sur leur situation économique. George Bush père l’a appris à ses dépens, lui qui a été battu malgré le prestige de sa victoire contre Saddam Hussein en Irak. Les élections de mi-mandat sont toujours délicates pour un président en exercice, et celles de novembre pourraient empêcher Donald Trump de mener ensuite la politique qu’il envisage.

Saint-Pierre-et-Miquelon

Avant New York, Emmanuel Macron s’était rendu à Saint-Pierre-et-Miquelon pour y recevoir Mark Carney, premier chef de gouvernement canadien à visiter l’archipel. L’endroit évoque la grande pêche à la morue sur les Grands Bancs, qui occupe une place à part dans l’histoire de la pêche française, et les chalutiers que l’on apercevait derrière le président montrent que cette activité reste au centre de la vie locale. Les pêcheurs lui ont fait part de leurs difficultés, qu’il s’agisse d’un port devenu inadapté ou de l’absence d’un institut de recherche qui leur permettrait de mieux connaître les espèces et de mieux cibler leurs prises. Beaucoup reste à moderniser, mais la pêche demeure la raison d’être de l’archipel.

Ces confins, ou ces confettis, de l’ancien Empire intéressent aussi Donald Trump, qui a publié récemment une carte des États-Unis tels qu’il les rêve, sur laquelle l’archipel apparaît sous la bannière étoilée aux côtés du Canada et du Groenland. Même si le déplacement d’Emmanuel Macron a surtout une valeur symbolique, il était utile de rappeler que la France est présente là-bas et qu’elle dispose d’un vaste domaine maritime.

Quant aux carburants, leur prix dépendra de l’issue des conflits en mer Rouge et en Ukraine bien davantage que de l’entretien de lundi soir, dont nous verrons dans les semaines à venir s’il aura produit autre chose que des photographies.

Inscription Newsletter

Derniers articles

spot_img