Géopolitique

Le Roi du Maroc mise sur les grands chantiers économiques

Les visiteurs réguliers de Rabat et de Tanger n’ont cessé de voir depuis plus d’une décennie ces villes se transformer et se moderniser. S’il fallait citer un projet architectural emblématique, comment ne pas évoquer la tour Mohammed VI qui domine désormais la vallée du Bouregreg entre Rabat et Salé ? Le chantier doit se terminer cette année et avec 250 mètres de hauteur, ce sera la deuxième plus haute tour d’Afrique, offrant une surface de 9 hectares répartis sur 55 étages.

Guerre en Ukraine

Conscient que l’avenir économique et social du pays passera avant tout par de la création de valeurs ajoutées et par le développement durable, les autorités ont multiplié ces derniers mois les projets publics structurants et créateurs d’emplois, bien souvent inspirés par le roi Mohammed VI lui-même. L’objectif est clair : doper la croissance marocaine.

Ralenti par la guerre en Ukraine et l'inflation subie du fait de la hausse des matières premières, le Maroc souhaite en effet imprimer à nouveau son propre, afin de retrouver des niveaux de croissance qui lui permettraient d'être en ligne avec les objectifs dessinés par la Commission spéciale sur le nouveau modèle de développement (CSMD), présidée par Chakib Benmoussa, polytechnicien qui fut longtemps ambassadeur à Paris. Cette commission, composée de personnalités indépendantes désignées par le Roi, a travaillé de 2020 à 2021 sur une feuille de route systémique permettant au pays d’assurer un développement le portant au niveau supérieur d'ici à l'échéance 2035.

Hôpital à Tanger

Le secteur de la santé se trouve au cœur du dispositif imaginé par la CSMD. Il a fait l'objet d'annonces importantes de la part de Mohammed VI, incluant une ouverture aux capitaux et compétences étrangères. Première illustration d’envergure de cette nouvelle ambition, le Roi a inauguré le 28 avril un centre hospitalier universitaire (CHU) flambant neuf à Tanger, qui portera son nom. Construit sur une superficie de 23 hectares et doté de près de 800 lits, ce CHU est destiné à améliorer l'offre de soins au nord du pays tout en désengorgeant les unités existantes. Jusqu’ici, l'infrastructure de santé était considérée comme l'un des points faibles du pays, avec carences visibles lors de la pandémie de COVID-19, malgré une volonté de recourir à un principe de précaution maximum et à une vaccination massive qui a fait du Maroc l'un des États de la planète ayant un taux de mortalité le plus faible.
La question de la gestion de l'eau et du stress hydrique est également prise en compte. C’est un sujet d'inquiétude pour le royaume qui affronte une deuxième année de mettant à l'épreuve le secteur agricole. Mohammed VI a donc tenu une réunion de crise au palais royal de Rabat le 9 mai 2023, demandant aux départements concernés d'accélérer le chantier des transferts nord-sud, ainsi que la construction des neuf stations de désalinisation prévues sur les deux façades littorales du Maroc.

Succès automobiles

Dans le même temps, le royaume veut capitaliser sur son succès irréfutable dans le secteur de l'automobile - le pays fabrique plus de 800 000 véhicules par an (dont des Dacia franco-roumaines) - et compte lancer deux voitures 100 % marocaines. La première est le fruit de l'entreprise Neo Motors, de Nassim Belkhayat, et dispose d'un modèle déjà en production dont les premiers exemplaires devraient être mis sous peu sur le marché. La seconde est encore au stade de prototype, roulant à l'hydrogène. Elle a été élaborée en partenariat avec le célèbre bureau de design Pininfarina. Les deux promoteurs de ces projets ont été reçus et décorés au palais royal de Rabat le 15 mai par le souverain chérifien.

Nominations dans les entreprises publiques

Il est intéressant de remarquer qu’à l'occasion du conseil des ministres du 19 mai dernier, le Roi Mohammed VI a nommé sept hauts responsables publics, allant de l'agence de presse MAP au Crédit agricole du Maroc, en passant par l'Agence marocaine du développement de la logistique et le groupe Al Omrane, bras armé de l'État dans les secteurs de l’habitat et de la rénovation urbaine. À lire la presse marocaine, cette série de nominations serait une première salve avant d’autres annonces du même type.
Le Maroc bouge. C’est aussi vrai au plan diplomatique aussi, puisque le gouvernement d’Aziz Akhannouch, s’appuyant sur le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, mène une politique de contacts et d’échanges tous azimuts, notamment pour conforter la reconnaissance internationale définitive de la marocanité du Sahara occidental, et ce, malgré les menées subversives de l’Algérie voisine qui finance depuis un demi-siècle les activités criminelles du Polisario. Le Maroc ne cesse à ce sujet d’engranger des soutiens significatifs à son plan de développement du Sahara, que ce soit en Europe, en Afrique ou sur le continent américain.





Jérôme Besnard

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