Géopolitique

La conférence Bagdad II : médiation française sans ingérence

L’année passée, à Bagdad, la France et l’Irak avaient convié les puissances de la région à échanger pour soutenir la stabilité du co-organisateur irakien. Les autres enjeux majeurs étaient l’amélioration des relations irano-saoudiennes et évidemment le développement de l’influence française dans cette région déterminante. Un an plus tard, les objectifs restent les mêmes, à peu de choses près. 
 
Relancer la diplomatie française 
 
Le corps diplomatique français a connu en juin dernier quelques bouleversements du fait de la réforme diplomatique prévoyant la suppression de deux corps du ministère des Affaires étrangères. Réforme controversée qui a entrainé un mouvement social dans ce même ministère et a fait ressurgir l’état inquiétant de la diplomatie française.
 
Le sommet Bagdad II est donc l’occasion pour Emmanuel de Macron de présenter la France comme médiateur privilégié dans une région clé des relations internationales. En effet, parmi les pays invités, de nombreux sont membres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) et sont donc garants de la stabilité des marchés pétroliers. Un enjeu économique d’autant plus important dans le contexte de la crise énergétique. 
 
À cela s’ajoute les grands enjeux internationaux de l’alimentation, de la gestion de l’eau, de la sécurité ou encore du réchauffement climatique. La politique de la France est donc essentielle pour préserver ses intérêts stratégiques et cela passe notamment par la construction de liens solides avec les pays de la région. 
 
Vers un renforcement du lien entre la France et l’Irak 
 
La relation entre les deux pays s’entretient au travers de l’organisation commune de ce sommet, mais aussi au travers d’entretiens téléphoniques et de rencontres officielles.
 
En effet, le 4 décembre 2022 l’Élysée a publié dans un communiqué la volonté des deux dirigeants de « renforcer la coopération bilatérale entre la France et l’Irak », tout en précisant que le Président de la République a invité le premier ministre irakien à se rendre en France au début de l’année 2023. 
 
Par ailleurs, dans son discours prononcé lors de la conférence, Emmanuel Macron a tenu à exprimer « l’attachement de la France […] pour la stabilité de la région » et a présenté l’Irak comme « le théâtre d’influences, d’incursions, de déstabilisations qui sont liées à toute la région » ; en faisant référence à l’Iran mais sans jamais le citer. 
 
Un contexte incertain dans une région instable 
 
Comme précisé par le président de la République, la stabilité de la région est l’objectif principal du sommet. Les références à l’Iran s’inscrivent dans le contexte national du pays mais aussi dans celui de ses relations avec ses voisins et particulièrement avec l’Arabie saoudite. 
 
Souvent présentés comme rivaux, l’Arabie saoudite et l’Iran se livrent une guerre d’influence qui passe surtout par des affrontements indirects. Le soutien de Téhéran aux rebelles Houthis dans la guerre au Yémen (dans laquelle l’Arabie saoudite est impliquée) est une illustration de cette rivalité animée par les appartenances religieuses des deux pays.
 
Ces tensions rejoignent le contexte plus général de la sécurité. Le Proche et Moyen-Orient sont la scène de nombreux affrontements armés qui mettent à mal la stabilité de la région. Parmi ces conflits armés, il est entre autres question de la présence du groupe terroriste État islamique ; selon un rapport de l’ONU, ils seraient entre 6.000 et 8.000 combattants encore actifs en Irak et en Syrie. 
 
Ainsi, la coopération entre les puissances du Moyen-Orient est de mise pour atteindre la stabilité exposée lors de la conférence de Bagdad II. Sur le rôle de la France, celle-ci (voulant se présenter comme médiateur privilégié), doit promouvoir ses intérêts, en prenant garde à ce que cela ne soit pas perçu comme de l’ingérence. 

La rédaction d'OMERTA

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