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[Enquête] Qatar : le pays du ballon d’or massif

 La Coupe du monde de football, c’est évidemment le plaisir de se retrouver, dans un bar ou à la maison, pour soutenir son équipe et vivre des moments forts. Mais c’est aussi l’occasion de se faire un sacré paquet d’argent, ou d’en perdre. Derrière les victoires 3-1, 2-1 durant les matchs, de très gros chiffres se cachent dans les hautes tours de Doha. 
 

Le coût de la Coupe

Lorsque le Qatar a présenté sa candidature en 2010 pour accueillir la plus grande compétition de la planète, il faut dire qu’il ne partait pas gagnant. Un seul stade, une équipe nationale jamais qualifiée et une image d’émirat gazier, il avait cependant un atout de taille : ses milliards. 

220 milliards de dollars. Plus que le PIB du pays. Voilà la somme colossale que le Qatar a payée sur douze ans pour organiser sa Coupe du Monde. La somme donne le tournis, surtout quand on apprend qu’en comparaison, la Russie avait payé « seulement » 11,6 milliards de dollars en 2018. 

Évidemment, la première chose à laquelle on pense, c’est les stades. Sept ont été construits spécialement pour l’évènement, et ont une capacité d’accueil oscillant entre 40 000 et 80 000 spectateurs. Leur coût total est estimé dans une fourchette allant de 6,5 à 10 milliards de dollars. En sachant que cinq d’entre eux seront démantelés ou reconvertis, la somme apparaît comme encore plus impressionnante. 

Mais une Coupe du Monde, ce n’est pas que des terrains de foot. Pour accueillir le million de visiteurs (un tiers de la population du pays), il faut bien des infrastructures. Inscrites dans le projet plus global Qatar National Vision 2030, elles n’en ont pas moins un coût exorbitant. Ainsi, plusieurs dizaines de kilomètres de chemins de fer et de métro ont été construits pour 2022, pour la modique somme de 36 milliards. Le transit aérien augmentant largement en parallèle, un nouvel aéroport est sorti du sable, à 15,5 milliards d’euros, lui. Difficile de chiffrer ces dizaines de kilomètres de routes qui relient le pays à ses voisins, mais il est certain que plusieurs centaines de millions d’euros ont été investis. Ce, pour un pays dont la taille est à peine supérieure à celle de la Corse. Évidemment tout cela est sans compter les 105 hôtels supplémentaires dont Doha a choisi de se doter. 

 

Une promotion aux contours douteux 

Pour promouvoir l’évènement, l’émir Tamim ben Hamad Al Thani a utilisé des méthodes bien particulières. De très nombreux soupçons de corruption pèsent aujourd’hui sur le Qatar. De Michel Platini et son FIFAGate aux eurodéputés socialistes, nombreux sont ceux qui sont suspectés d’avoir reçu des valises de cash pour des prises de position favorables. Légalement en revanche, on peut citer l’ancienne star du football David Beckham qui, selon certains tabloïds anglais, aurait touché 150 millions de dollars pour être « ambassadeur » marketing du pays. 

Les retombées économiques de la Coupe ont, elles, été estimées à 17 milliards. Une somme dérisoire comparée aux sommes investies, qui restent encore impréhensibles, en particulier au regard des salaires de misère payés aux ouvriers migrants employés sur les chantiers. Il reste d’ailleurs certain que le plus gros investissement de l’émirat n’a pas été le fonds de pension pour les 7 000 morts : il s’est opposé à plusieurs reprises à leur hausse. 

 

Les équipes payées au mérite 

Le Qatar n’est pas le seul, cependant, à avoir mis de l’argent sur la table. La FIFA a, de son côté, sorti 440 millions de dollars en guise de prize-money, distribué aux équipes en fonction de leurs résultats, soit 40 millions de plus qu’en 2018. Les vainqueurs empocheront 42 millions, les finalistes 30, les demi-finalistes 27 et 25 millions (selon le résultat de la petite finale), 16 millions pour une équipe arrivant en quarts de finale, 12 millions en huitièmes et 8,7 en « lot de consolation » pour celles qui n’ont pas dépassé la phase des poules. 

De belles sommes, mais peu comparables à celle que les équipes touchent lors des compétitions comme la Ligue des Champions, ou la Ligue Europa alors que les joueurs sont payés par leurs clubs et que le sponsoring tourne à foison. 

 

Le pari du marketing 

Pour l’évènement qui réunit des milliards de téléspectateurs, la visibilité est capitale. 1,35 milliard de dollars ont ainsi été débloqués par la FIFA pour promouvoir l’évènement. Mais les acteurs privés ne sont pas en reste : on peut citer la marque de vêtements Adidas qui, pour un partenariat d’une durée de seize ans, a déboursé 800 millions. La marque de téléphone Vivo, elle, a sorti 850 millions pour quinze ans. Parmi les autres sponsors, on peut également citer McDonald’s qui s’affiche en grand sur tous les matchs avec ce message : « We deliver » (en français : « nous livrons »). En effet, se faire livrer de la malbouffe devant un match de foot à la maison : quoi de plus classique ? 

Mais les fast-foods sont très loin d’être les seuls à augmenter leurs profits durant ces grands évènements sportifs. Les sites de paris enregistrent toujours un trafic largement supérieur à la normale : les prévisions pour la Coupe du Monde de 2022 tournent autour de 500 millions d’euros pariés en France et 50 milliards dans le monde. Une vraie aubaine pour des sites comme « Unibet » ou « Winamax » pour qui la compétition est la période la plus importante sur quatre ans. 

Alexandre de Galzain

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