Société

Dora Moutot : « Le législatif et la biologie ne sont plus en concordance ! »

Comment en êtes-vous arrivée à vous positionner sur le sujet de la transidentité ?

Il s’agit d’un cheminement. Ce sujet n’était pas du tout au cœur de mon engagement activiste. J’avais à l’époque un compte Instagram qui s’appelait Tasjoui, et qui parlait de la sexualité des femmes. Lorsqu’on traite ce sujet, on parle forcément d’organes, de biologie féminine. Un jour, des transactivistes sont venus m’expliquer que je n’avais pas le droit de parler de clitoris de cette façon parce que c’était transphobe, et que si j’en parlais, il fallait que je parle aussi des « pénis de femmes », parce que des femmes auraient un pénis. 

Je n’ai pas trop su comment réagir, mais assez rapidement, on est venu me dire que mon compte était transphobe, qu’il fallait que je change de vocabulaire pour être inclusive vis-à-vis des personnes trans. Je ne devais plus parler de femmes, mais de « personnes à vulve » ou de « personnes menstruées ». On m’a souvent traitée de TERF (Trans Exclusionary Radical Feminist), dans le même sens que « salope ». Je suis allé voir ce que cela signifiait, et je suis tombé sur des blogs de féminisme radical, avec des personnes qui expliquaient leur position sur ce thème. 

Selon vous, quels sont les problèmes posés par la transidentité aujourd’hui ?

Avant 2016, pour transitionner administrativement, il fallait faire une transition complète : aller jusqu’à changer son appareil génital pour être en cohérence avec cette réassignation. Il fallait construire un « néo-vagin » ou une « néo-vulve » et, à l’inverse, se faire enlever l’utérus ou le pénis. 

En 2016, la loi a changé, on pouvait désormais changer de genre sans faire de chirurgie. À partir de ce moment-là, n’importe qui se « genrant » en femme, qui peut prouver à un juge qu’il est reconnu comme femme par son entourage et par la façon dont on le nomme, par son comportement… cette personne peut changer de sexe administrativement. C’est là que ça devient flou : une personne qui changeait de sexe, c’était observable. Or, aujourd’hui, la transition de genre vient brouiller les pistes : parle-t-on de genre ou de sexe sur une carte d’identité ? Il n’y a pas de chirurgie, et la prise d’hormones n’est même pas obligatoire pour le changement à l’état civil. 

On arrive sur un nouveau problème : certaines personnes ont écrit « femme » sur leur carte d’identité, alors qu’ils ont un pénis, et vice versa. C’est là qu’on bascule du transexualisme au transgenrisme. C’est là qu’est le conflit idéologique. 

Cette loi de 2016 a été votée par naïveté. Une réassignation sexuelle, ça n’est pas rien. Se créer un utérus, c’est quand même faire un trou à l’intérieur d’un homme, et il arrive que ça se passe mal. La vie sexuelle n’est pas souvent heureuse, et il en est de même pour les phalloplasties. : il faut parfois prendre des bouts de peau sur le bras ou sur le dos pour un pénis artificiel qui ne gonflera jamais tout seul. 

Et étant donné que ces opérations créent souvent beaucoup de souffrance, on s’est dit : autorisons la transition sans aller jusque dans ces chirurgies. On a l’impression que les législateurs n’ont pas bien compris qu’aujourd’hui, dans un vestiaire, on peut se retrouver avec une femme à pénis. On se retrouve dans une impasse dans laquelle le législatif et la biologie ne sont plus en concordance. 

Le seul critère pour devenir homme ou femme, ce sont donc les stéréotypes de genre. Pour moi qui suis issu du féminisme, je suis profondément dérangée. Si seul le stéréotype compte, la vraie question est : qu’est-ce qu’une femme ? On revient à des stéréotypes hyper-conservateurs : porter une robe, avoir des cheveux longs, avoir un comportement féminin… Je pensais justement que le mouvement féministe essayait de nous libérer de ces injonctions et de dire : on naît femme, mais cela ne nous définit pas. On est ré-enfermé dans une case misogyne ! 

L’autre question, c’est que veut dire : « se ressentir en femme » ? Nous sommes les seuls à pouvoir appréhender notre intériorité, et c’est une gigantesque prétention de dire que l’on peut véritablement comprendre l’intériorité d’une femme. Ces personnes ne peuvent que recopier une projection extérieure renvoyée par les femmes. 

Cette loi de 2016 a été imposée par l’UE. La France a été sanctionnée pour son retard, et elle a dû s'aligner sur le reste du continent. 

Vous parlez d’une hypothèse liée à des causes environnementales. Quelle est-elle ?

Force est de constater qu’il y a une explosion du nombre de « dysphories de genre ». On peut alors se demander pourquoi. La plupart des gens disent que c’est la libération de la parole qui a permis à de très nombreuses personnes de sortir du placard. 

Pourtant, j’aime bien une autre hypothèse que je me suis construite, basée sur ma lecture d’un livre appelé : Le grand désordre hormonal, de Corinne Lalo. Elle y dit qu’il y a de plus en plus d’animaux qui deviennent hermaphrodites, comme les grenouilles. Elle parle aussi de la féminisation des poissons. Elle explique que la qualité du sperme des hommes a chuté, et que de grands changements liés à l’environnement sont arrivés. 

Or, si cela se passe dans le règne animal, on peut voir une corrélation avec l’espèce humaine. La différence, c’est que là où l’homme a besoin d’une chirurgie, les animaux hermaphrodites mutent seuls. On peut donc se dire que notre cerveau a été modifié par ce grand désordre, et que ces personnes ont une envie irrépressible de changer de sexe, à laquelle on répond par la médecine. Le paradoxe, c’est que les Verts et LFI, qui m’insultent de « transphobe » sont des partis écologistes, mais qui ne réfléchissent pas à la nature humaine. Cette hypothèse permettrait presque de dire que ce changement est évolutionniste, qu’il est une adaptation à l’environnement. 

Mais étant donné que les associations trans veulent dépathologiser la transidentité, les transactivistes regardent mal cette théorie. 

Il y a également le débat sur l’impact de la pilule contraceptive qui est rejetée dans les eaux publiques avec ses hormones, et qui pourrait causer une féminisation. Or, si on se retrouve dans un monde où l’autodétermination est reine et où les hormones sont en vente libre, on peut se demander comment ça va se passer. 

Amélie Menu

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