Géopolitique

Belgique : le roi fête ses dix ans de règne

Loin de la froideur du quartier européen de Bruxelles, les Marolles constituent une enclave populaire en centre-ville, près de la gare du Midi. Pour la vingtième année consécutive, la place du Jeu-de-Balle, celle-là même où Tintin met la main sur la maquette du navire « La Licorne » lors du marché à la brocante qui s’y tient quotidiennement, voit se tenir le « bal national » auquel le roi et la reine des Belges ont tenu à assister à la veille du 21 juillet, fête nationale du pays comme date anniversaire de la prestation de serment du premier roi des Belges. La bière coulait à flot, la sono beuglait des standards populaires ; francophones et néerlandophones se mêlaient dans un joyeux capharnaüm, mais on n’y trouvait guère de traces de la population d’origine nord-africaine, pourtant très présente dans le quartier : un « séparatisme » à la sauce belge qui en rappelle d’autres en Europe…

La monarchie, clef de voute de l’unité belge

Cette année, la fête correspond aux dix années de règne du roi Philippe, 63 ans, après l’abdication de son père Albert II pour raison d’âge. « Un règne sans faux pas » titre le quotidien catholique La Libre Belgique tandis que son concurrent libéral, Le Soir, explique que « 55 % des Belges sont satisfaits du Roi ». La monarchie constitutionnelle parlementaire actuelle est plébiscitée par 57 % des Belges avec des disparités régionales : 63 % des Wallons et des Bruxellois sont monarchistes contre seulement 52 % des Flamands, aux tendances autonomistes plus affirmées. Une monarchie qui ne coûte que 3,60 euros par an et par habitant… Pour Dorian de Meeüs, éditorialiste de La Libre Belgique, Philippe n’est rien moins qu’un « roi philosophe, clé de voûte d’un pays fracturé ». Dans son entourage politique, on relève une nette influence du CD&V (parti démocrate-chrétien flamand). Et c’est par la célébration dans la cathédrale des saints Michel et Gudule qu’a débuté la journée du 21 avril avant un défilé militaire entre le Parc Royal et le Palais Royal. L’armée belge s’est notamment projetée aux côté des troupes françaises prépositionnées en Roumanie. À la sortie de la cathédrale, le roi, réservé mais appliqué, sa femme et ses enfants ont longuement salué leurs sujets, s’adressant à eux en français comme en flamand, selon la langue de chacun. 

Si la monarchie satisfait les Belges, c’est aussi qu’elle est le dernier garant de l’unité du pays dont le divorce serait très probablement consommé si elle n’avait survécu depuis près de deux siècles malgré les aléas de l’Histoire. Chaque élection législative belge est un casse-tête politique pour trouver une majorité capable de gouverner tant le paysage politique est émietté idéologiquement et linguistiquement. Une situation récurrente et complexe qui renforce le respect qu’inspire ce souverain. 

Jacques Cognerais

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