Économie

Agriculture : l’élevage français à la merci des marchands

Conseillère départementale de l’île de Ré (Charente-Maritime) et fondatrice en 2001 de l’Association Fromages de Terroirs, la journaliste Véronique Richez-Lerouge publie un nouvel essai consacré aux écueils rencontrés par les produits agricoles français de qualité. La France fut pionnière en matière d’appellations contrôlées. Elle est aujourd’hui en passe de voir beaucoup de ces labels, publics ou privés, tomber dans l’escarcelle de poids lourds de l’industrie agroalimentaire.

Prenons les fromages, que l’auteur connaît bien. Véronique Richez-Lerouge déplore les conséquences de l’intrusion des marques de distributeurs dans les productions labellisées : « La stratégie de la grande distribution a été d’investir massivement dans les secteurs labellisés, Label rouge, AOP, IGP, et en particulier dans le bio et l’équitable. » Pour cela, la grande distribution a recours à des géants de l’agroalimentaire : Lactalis bien entendu, mais aussi Triballat-Rians ou Sodiaal et Eurial. La principale conséquence néfaste de ces situations monopolistiques ? La standardisation du goût.

Défendre les camemberts au lait cru


Pour comprendre la concentration des productions, rien ne vaut d’étudier le cas du camembert : dans les bonnes années, la France en produit 60 000 tonnes de façon industrielle et seulement 6 000 tonnes qui relèvent de l’Appellation d’origine protégée (AOP) au lait cru. Et 95 % de cette production est détenue par le groupe mayennais Lactalis appartenant à la famille Besnier. Il fallut pour les défenseurs du camembert traditionnel, dans les années 2007-2008, convaincre l’Inao, l’institution chargée en France de délivrer les labels, de ne pas céder au chantage à l’emploi de Lactalis et de la coopérative Isigny-Sainte-Mère. Lactalis s’est aussi lancé à l’assaut des fromages de Savoie après s’être emparé de la fromagerie Pochat en 2005.

Ce livre passionnant aborde aussi la question du sel (et son label bio « contre-nature »), du beurre (avec la fermeture de la laiterie poitevine de La Viette par le groupe Eurial) ou de la charcuterie artisanale corse (fragilisée par les IGP Île de Beauté). Autant d’exemples parlant qui devraient faire réfléchir bien des consommateurs et des responsables politiques.
 
Véronique Richez-Lerouge, Les Labels pris en otage, éd. Érick Bonnier, 326 p., 22 euros.

Jérôme Besnard

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