À Gaza, Israël serre l’étau sur les ONG et redéfinit l’aide humanitaire

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Les autorités israéliennes ont engagé une refonte complète du système d’enregistrement des organisations non gouvernementales opérant dans la bande de Gaza, avec pour objectif affiché d’écarter celles jugées « hostiles » ou politiquement engagées contre l’État hébreu. Selon plusieurs sources diplomatiques et humanitaires, cette réforme pourrait profondément modifier le paysage de l’aide dans une enclave déjà massivement dépendante de l’assistance extérieure.

Un document émanant du ministère israélien de la Diaspora établit de nouveaux critères conditionnant l’accès humanitaire à Gaza. Outre les accusations classiques de liens présumés avec le Hamas, les autorités israéliennes intègrent désormais des éléments relevant du positionnement public des ONG, notamment leur participation à des campagnes internationales critiquant la conduite militaire israélienne. La notion de « délégitimation d’Israël » devient ainsi un motif explicite de refus.

À ce stade, huit organisations internationales ont déjà vu leur autorisation retirée ou rejetée, parmi lesquelles Save the Children, acteur majeur de la prise en charge sanitaire des enfants gazaouis. D’autres ONG, dont Médecins sans frontières ou Oxfam, se retrouvent sous surveillance accrue en raison de prises de position publiques dénonçant la situation humanitaire dans l’enclave. Ces organisations représentent pourtant une part essentielle des capacités médicales et logistiques encore opérationnelles sur le terrain.

Parallèlement, la liste des ONG autorisées à poursuivre leurs activités fait apparaître une surreprésentation d’organisations religieuses, principalement évangéliques américaines, perçues par les acteurs humanitaires traditionnels comme politiquement alignées et disposant de moyens limités. Ce rééquilibrage alimente les soupçons d’une volonté israélienne de reprendre un contrôle indirect sur la distribution de l’aide, en marginalisant les structures indépendantes et critiques.

La nouvelle procédure impose également la transmission d’informations détaillées sur les employés locaux palestiniens, une exigence dénoncée par de nombreuses ONG comme contraire aux principes humanitaires fondamentaux et susceptible de mettre en danger leur personnel. Dans un contexte de guerre prolongée, cette condition renforce la défiance et conduit plusieurs organisations à suspendre volontairement leurs démarches d’enregistrement. Alors que plus de 80 % de la population de Gaza dépend de l’aide internationale, cette réforme intervient dans un moment de fragilité extrême du système humanitaire. Derrière l’argument sécuritaire, la stratégie israélienne semble traduire une volonté plus large de filtrer non seulement les flux matériels, mais aussi les discours, au risque d’aggraver une crise humanitaire déjà structurelle et de politiser durablement l’accès à l’assistance.

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