Condamné à cinq ans de prison en mars dernier, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal connaîtra un tournant judiciaire important le 24 juin, date fixée par la Cour d’appel d’Alger pour réexaminer sa condamnation.
Âgé de 80 ans et atteint d’un cancer, l’auteur de Le Serment des barbares est incarcéré depuis novembre 2024. Son procès en appel a été reporté à sa demande pour lui permettre de « constituer sa défense », a confirmé son avocat Me Mohamed Baghdadi.
Arrêté pour des propos jugés attentatoires à « l’intégrité du territoire national », Boualem Sansal avait affirmé dans une interview au média français Frontières que l’Algérie avait, à l’époque coloniale, hérité de territoires historiquement marocains. Une déclaration qui a suscité la fureur des autorités algériennes, dans un contexte de tensions régionales déjà vives.
Le dossier Sansal a pris une tournure diplomatique majeure. Mardi, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a réitéré l’appel de Paris à Alger pour un « geste d’humanité » envers l’écrivain, rappelant son âge, sa santé fragile et l’urgence médicale de sa situation. « C’est un homme affaibli, et je suis très préoccupé par son état », a-t-il souligné sur France Inter.
Malgré les demandes répétées – y compris du président Emmanuel Macron –, les autorités algériennes sont restées inflexibles, alors même que la relation bilatérale entre Paris et Alger traverse sa plus grave crise depuis les années 1960. Expulsions diplomatiques, gel des coopérations : le climat entre les deux pays rend toute issue incertaine.
Boualem Sansal est reconnu internationalement pour son engagement contre l’extrémisme et son regard sans concession sur les dérives autoritaires en Algérie. Son emprisonnement, qualifié par plusieurs intellectuels de « scandale politique », cristallise le sort réservé aux voix dissidentes dans une Algérie verrouillée.
Son comité de soutien en France et à l’étranger ne cesse de mobiliser l’opinion publique. Une manifestation de solidarité est prévue à Paris quelques jours avant l’audience du 24 juin. « Il s’agit de plus qu’un procès : c’est un test pour l’État de droit en Algérie », a déclaré un proche de l’écrivain.
En attendant, Boualem Sansal demeure détenu à Alger. Sa santé décline, mais sa détermination, selon ses soutiens, reste intacte. À un mois de son procès en appel, c’est tout un pan de la liberté intellectuelle en Méditerranée qui est suspendu à ce verdict.





