C’est en grande pompe que l’Institut pour la Justice organisait, ce mardi 22 septembre, sa soirée de rentrée à bord d’une péniche, au port de Solférino. Journalistes, responsables politiques et personnalités du monde judiciaire étaient au rendez–vous. Retour sur une soirée qui entend bien bousculer les rouages de la justice française.
21 h. La Seine est déjà noire. Sur la péniche de l’Institut pour la Justice, la foule se presse, les discussions battent déjà leur plein. Poignées de main, embrassades, apartés complices : journalistes, avocats et parlementaires sont sur place. Ne vous y trompez pas : rien de mondain ici. C’est le retour en scène d’une association qui entend peser sur l’éternel débat de la justice. Soudain, à l’avant du bateau, les voix se taisent. Place aux discours. Pierre–Marie Sève, directeur de l’Institut, donne le ton : « Notre justice va très mal. » L’occasion aussi de dresser le bilan d’une année jugée faste.
Créée en 2007, l’Institut pour la Justice est une association loi 1901 : citoyens, victimes et experts du monde judiciaire réunis pour réformer la justice pénale. De l’affaire Pierre Bodein à celle de Lyhanna, l’association plaide sans relâche pour des victimes que la justice, trop souvent laxiste, n’a pas entendues. Parmi les présents, la journaliste phare de CNews Christine Kelly. Pour elle, le débat judiciaire souffre d’un manque de repères : « La vérité est tellement malmenée. » Elle appelle à « retrouver le bon sens, celui de la victime, de l’humain, le sens de la dignité ». Autant dire qu’elle ne mâche pas ses mots : « Aujourd’hui, on n’a ni justice ni dignité, on a injustice et indignité. Si on pouvait au moins retrouver ce bon sens, la justice serait sauvée et la France aussi. » Sa présence n’a rien d’un hasard : son discours colle à celui de l’Institut, pour qui la protection des victimes doit devenir une priorité de la politique pénale. Publié quelques jours plus tôt, son livre blanc formule 29 propositions : construction de nouvelles places de prison, place accrue pour les victimes, évolution du statut des magistrats.
Mais l’événement dépasse le cercle médiatique. Dans la salle, plusieurs responsables politiques, de Marion Maréchal à Anne Sicard, sont venus afficher leur proximité avec l’association. La présidente d’Identités Libertés revendique un soutien ancien. « Je suis les travaux de l’IPJ depuis de nombreuses années déjà », explique–t–elle, saluant un « think tank de grande qualité » dont elle dit utiliser « les analyses, les chiffres, les solutions ». Elle ne cache pas sa défiance envers certains magistrats syndiqués au Syndicat de la magistrature, disant avoir elle–même essuyé « des décisions de justice parfois un peu curieuses ». Même ton chez Anne Sicard : « La justice n’est pas à la hauteur du pays qu’est la France. » Un « vrai travail de fond » s’impose, selon elle, pour que l’institution réponde enfin aux attentes des citoyens. Bertrand Saint–Germain, docteur en droit, insiste quant à lui sur la place de la victime. La justice française serait « minée par une idéologie » qui privilégierait l’auteur des faits sur sa victime. Il salue une association « pionnière » dans le combat pour une réforme pénale.
Derrière ces soutiens, se dessine un autre objectif : faire circuler les idées de l’Institut dans les sphères médiatiques et politiques. François Blumenroeder, responsable communication de l’IPJ, assume la formule : « On joue clairement un rôle, on est un groupe de pression, dans les médias et auprès des parlementaires. » L’association se veut intermédiaire entre experts, journalistes et responsables politiques. « L’IPJ, c’est une plaque tournante des relations entre personnes qui ont un lien avec le monde judiciaire », explique–t–il. L’ambition ne se cache pas : devenir une référence sur la justice pénale à droite, mais aussi « faire infuser nos idées dans tous les courants politiques » et peser dans l’élaboration des programmes.
Quelques jours plus tôt, l’association publiait justement une nouvelle édition de son livre blanc, 29 mesures cette fois, avec un objectif clair : les glisser dans les programmes de la présidentielle de 2027. Ces travaux misent sur la construction de places de prison, l’exécution des peines et la protection des victimes.
Le gouvernement a d’ailleurs fait adopter, cet été, sa propre réforme de la justice criminelle, pour réduire les délais et mieux prendre en compte les victimes. Près de 6 000 affaires criminelles attendraient aujourd’hui d’être jugées, avec des délais pouvant grimper jusqu’à six ou huit ans…
Sur la péniche, les coupes de champagne se lèvent. Mais derrière les sourires, une bataille d’idées se prépare déjà.
Une soirée de rentrée, en apparence. Une prise de position, en réalité.
Joséphine d’Herbais





