Ormuz, Bab el-Mandeb, Donbass : Trump découvre qu’on ne mène pas deux guerres en même temps

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Régis Le Sommier revient sur la prise, par les Houthis, d’une île clé du détroit de Bab el-Mandeb. Pour lui, l’Iran vient d’abattre son joker face au blocus américain d’Ormuz, et Donald Trump est désormais contraint à un constat réaliste : on ne peut pas escalader sur deux fronts et espérer une économie mondiale normale.

En 2022, 2023 et 2024, il n’y avait que la guerre en Ukraine. Aujourd’hui, il y a aussi la guerre en Iran, et la seconde force Donald Trump à regarder les choses en face : on ne peut pas continuer dans une escalade des deux guerres et, en même temps, souhaiter le rétablissement d’une forme de normalité sur l’économie internationale. C’est tout l’enjeu de ce qui se joue au Yémen depuis quelques jours.

Une offensive éclair qu’on avait vue venir, sans en mesurer la portée

Après le blocus d’Ormuz, les Houthis sont entrés dans la danse. En quelques jours, ils ont pris le contrôle d’une île cruciale du détroit de Bab el-Mandeb. On l’avait vu venir, dans le sens où ils l’avaient annoncé. Mais entre mettre une menace à exécution et le faire de façon aussi spectaculaire, il y a un monde : personne n’avait prévu que cela prendrait une telle importance, au point de fragiliser l’Arabie saoudite et, évidemment, le gouvernement yéménite.

On dit toujours que l’histoire ne ressert jamais deux fois les mêmes plats, mais elle a parfois tendance à bégayer. Quand j’ai vu ces Houthis au volant de véhicules américains, fournis par les Saoudiens à l’armée yéménite et saisis par centaines, je me suis dit que nous étions en train de revivre la chute de Kaboul, quand les talibans avaient mis la main sur des quantités de matériel. Il s’agit, je le répète, d’une armée de types en sandales, sans gilet pare-balles, qui vont au combat depuis des générations ; et ils ont mis en déroute, de façon spectaculaire, une armée moderne financée par l’Occident.

Le joker de l’Iran

C’est le joker de l’Iran. Téhéran commençait à sentir les effets du blocus américain sur Ormuz ; les Iraniens ont donc décidé d’activer leur proxy houthi dans le détroit de Bab el-Mandeb. Ce sont 12 % du commerce mondial qui sont touchés. C’est le pipeline est-ouest de l’Arabie saoudite qui se retrouve ciblé. Autrement dit, un risque pour l’Arabie saoudite et un risque pour le commerce mondial.

Pour le moment, les Houthis ne bloquent pas Bab el-Mandeb à la circulation internationale, à l’exception des navires saoudiens. Mais si l’Iran décide de durcir les choses – et Trump, visiblement, n’est pas décidé à lâcher son propre blocus sur Ormuz –, l’Iran reste dans un processus d’escalade face aux États-Unis. Plus ça ira, plus les choses s’aggraveront.

Le prix du diesel, ce grand réaliste

C’est dans ce contexte qu’il faut lire la déclaration de Donald Trump demandant à Volodymyr Zelensky de cesser de frapper les raffineries de diesel en Russie. Ce n’est pas un revirement moral : c’est le prix à la pompe qui parle. Avec Ormuz verrouillé, Bab el-Mandeb sous menace et le pipeline saoudien à l’arrêt, le diesel n’a jamais été aussi cher aux États-Unis, et Trump a compris que le titre de premier producteur mondial de pétrole ne protégeait pas ses électeurs. Si l’Ukraine continue ses frappes, c’est le monde entier qui est perdant, et on ne peut pas aller longtemps dans ce sens-là.

Sur le long terme, les États-Unis ne s’en sortent pas si mal

Reste que, à long terme, tout cela n’est peut-être pas si mauvais pour Washington. Les États-Unis vendent les armes aux Ukrainiens, et aux Européens qui les donnent ensuite aux Ukrainiens. Ils vendent le pétrole et le gaz liquéfié aux Européens. Et ils reconstruiront une Ukraine détruite par les armes qu’ils ont vendues aux Européens, lesquels les ont données. On suit tout cela de très près.

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