La Lituanie avance vers une modification majeure de sa doctrine de sécurité. Le Parlement de Vilnius a franchi une nouvelle étape vers la suppression de l’interdiction constitutionnelle de stationner des armes nucléaires et des bases militaires étrangères sur son territoire. Pour Moscou, cette évolution ne peut être considérée comme une simple décision intérieure : elle ouvrirait la voie à une présence nucléaire de l’OTAN à proximité immédiate des frontières russes.
Le 9 septembre, la commission parlementaire lituanienne chargée des affaires juridiques a approuvé par 7 voix contre 2 une proposition visant à supprimer les dispositions concernées de la Constitution. Le texte doit encore franchir les différentes étapes parlementaires nécessaires. L’objectif affiché par ses promoteurs est de permettre à la Lituanie de participer plus directement à la dissuasion nucléaire de l’Alliance atlantique.
C’est précisément cette perspective qui provoque la réaction de Moscou. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a averti que l’abandon de l’interdiction constituerait une « très sérieuse escalade ». Selon lui, si des armes nucléaires étaient finalement installées en Lituanie, elles seraient nécessairement destinées à une cible et placeraient de fait le territoire lituanien dans le champ de la dissuasion nucléaire russe.
Pour la Russie, le problème ne réside donc pas dans une hypothétique volonté lituanienne de disposer de sa propre force nucléaire. Il concerne surtout la possibilité de voir des armes nucléaires occidentales se rapprocher davantage de son territoire. La Lituanie partage une frontière avec la Russie et se trouve également au voisinage immédiat de la Biélorussie, alliée de Moscou. Une installation nucléaire de l’OTAN dans cette zone modifierait nécessairement les équilibres militaires du nord-est européen.
Vilnius présente de son côté cette évolution comme une réponse à la dégradation de son environnement stratégique et comme un moyen de renforcer sa sécurité. Le raisonnement russe est exactement inverse : Moscou considère que l’extension des infrastructures et capacités militaires occidentales vers ses frontières alimente elle-même la confrontation. Dans cette lecture, supprimer le verrou constitutionnel lituanien ne renforcerait pas la stabilité, mais créerait un nouveau facteur de tension durable.
Le débat dépasse ainsi largement la seule Lituanie. Après l’adhésion des États baltes à l’OTAN, puis le renforcement militaire du flanc oriental de l’Alliance, la question nucléaire ajoute désormais un niveau supplémentaire à la confrontation avec Moscou. Tant qu’aucune arme nucléaire n’est effectivement déployée en Lituanie, la menace évoquée par le Kremlin reste hypothétique. Mais le message russe est sans ambiguïté : si l’Occident rapproche encore sa dissuasion nucléaire du territoire russe, Moscou entend adapter en conséquence son propre dispositif stratégique.





