Le Premier ministre indien Narendra Modi effectue une visite d’État de deux jours en Éthiopie, un déplacement hautement stratégique dans un contexte de recomposition accélérée des rapports de force en Afrique.
Pour New Delhi, ce voyage marque une étape importante dans sa volonté d’ancrer durablement sa présence sur le continent, en s’appuyant sur des partenaires jugés politiquement structurants et encore ouverts à des alliances alternatives aux blocs occidentaux traditionnels.
L’Éthiopie apparaît comme un choix soigneusement calibré. Le pays concentre plusieurs atouts majeurs : un poids institutionnel avec le siège de l’Union africaine à Addis-Abeba, une stature régionale renforcée depuis son entrée dans les BRICS élargis et une position géographique clé dans la Corne de l’Afrique. Pour l’Inde, il s’agit d’un point d’appui idéal pour projeter son influence diplomatique, économique et stratégique sur l’ensemble du continent.
Sur le plan économique, New Delhi s’inscrit dans une relation déjà ancienne avec l’Éthiopie. Des centaines d’entreprises indiennes y opèrent encore, notamment dans le textile, un secteur historiquement privilégié. Mais la visite de Narendra Modi traduit surtout une montée en gamme des priorités indiennes, avec un intérêt croissant pour les ressources stratégiques dont dispose le pays.
L’Éthiopie recèle en effet des réserves importantes de terres rares et de minéraux critiques, essentiels aux technologies de pointe, aux énergies renouvelables et à l’industrie de défense. Ces ressources restent largement sous-exploitées, faute d’investissements structurés et d’infrastructures adaptées. Pour l’Inde, confrontée à une dépendance excessive à certains fournisseurs étrangers, sécuriser de tels approvisionnements constitue un enjeu de souveraineté industrielle.
Cette dynamique s’inscrit aussi dans une compétition feutrée avec la Chine, très présente en Afrique depuis deux décennies. Sans confrontation directe, New Delhi cherche à proposer une alternative fondée sur des partenariats ciblés, moins visibles mais plus durables, misant sur la complémentarité industrielle et l’intégration régionale via la zone de libre-échange continentale africaine.
Du côté éthiopien, cette visite est perçue comme une opportunité de diversification stratégique. Addis-Abeba entend attirer davantage d’investissements indiens dans des secteurs clés comme la pharmacie, l’agro-industrie et l’industrie légère, afin de soutenir son redressement économique après plusieurs années de tensions internes et de conflits.
Plusieurs accords devraient être annoncés à l’issue de cette visite, confirmant le rapprochement entre deux États qui entendent tirer profit d’un monde multipolaire en construction. À Addis-Abeba, l’Inde ne se contente pas de renforcer des liens bilatéraux : elle affirme une ambition africaine assumée, fondée sur l’accès aux ressources, la projection géopolitique et la recherche d’un équilibre face aux grandes puissances établies.





